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 Femmes écrivains dans les années 1920 en France

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Camille
Blaise (Modesty)
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Mer 20 Juin - 14:10

En fait, j'ai écouté Guériff raconter ses anecdotes sur la traduction pas mal de fois (entretiens radios notamment) mais c'est effectivement dans "Du polar" qu'il parle d'un de ses amis traducteur au Masque qui disait caviarder les traductions (en fonction du nombres de pages, comme dans la Série Noire en somme). Mais il ne précise pas plus.
Dans l'ouvrage de Anne Martinetti sur les éditions du Masque, elle fait référence à la pression des lecteurs (ce qui en dit long aussi sur les exigences d'un lectorat jusqu'alors cantonner à un rôle passif) qui a incité les éditions à revoir leurs traductions. Mais là encore il y a peu d'infos et pour Dorothy L Sayers, ils ne semblent pas avoir acquis de droits en plus.

et je suis preneur de tout précision sur l'idée de "restauration" d'une traduction (!).
Déjà s'il y a une terminologie spécifique, parce qu'il y a des traductions, des traductions revues, des traductions revisitées et je ne connaissais pas "restaurer".
Sans compter la motivation première et les retours possibles...
bref, je suis effectivement très curieux sur le sujet !
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chachakk
Le Maître des Forges
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Mer 20 Juin - 18:57

Ca n'a sans doute pas de rapport avec votre travail et peut-être que l'information ne vous intéressera pas, mais quant aux problèmes de traductions, j'aime citer l'ouvrage de Jean-Bernard Pouy (qui est un génie de la littérature) : 1280 âmes.

En effet, J.B. Pouy invente, pour l'occasion, le personnage de Pierre de Gondol, qui possède la plus petite librairie de Paris et qui est engagé par un lecteur à enquêter sur la disparition des 5 personnes entre le livre original de Jim Thompson, « Pop. 1280 » et la traduction de Marcel Duhamel, « 1275 âmes ».
Une façon érudite et ironique d'évoquer les problèmes de traductions (le livre a été réédité ainsi tronqué, et pas seulement de 5 personnes, pendant 50 ans en France) et qui m'a poussé à ne plus m'intéresser qu'à la production francophone pour être sûr de lire ce que l'auteur avait voulu écrire (et, encore, méfions-nous des éditeurs ;-) )
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JDB
Dantès (Edmond)


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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Mer 20 Juin - 19:36

Camille a écrit:
En fait, j'ai écouté Guériff raconter ses anecdotes sur la traduction pas mal de fois (entretiens radios notamment) mais c'est effectivement dans "Du polar" qu'il parle d'un de ses amis traducteur au Masque qui disait caviarder les traductions (en fonction du nombres de pages, comme dans la Série Noire en somme). Mais il ne précise pas plus.
Dans l'ouvrage de Anne Martinetti sur les éditions du Masque, elle fait référence à la pression des lecteurs (ce qui en dit long aussi sur les exigences d'un lectorat jusqu'alors cantonner à un rôle passif) qui a incité les éditions à revoir leurs traductions. Mais là encore il y a peu d'infos et pour Dorothy L Sayers, ils ne semblent pas avoir acquis de droits en plus.

et je suis preneur de tout précision sur l'idée de "restauration" d'une traduction (!).
Déjà s'il y a une terminologie spécifique, parce qu'il y a des traductions, des traductions revues, des traductions revisitées et je ne connaissais pas "restaurer".
Sans compter la motivation première et les retours possibles...
bref, je suis effectivement très curieux sur le sujet !
Pas tout à fait d'accord. Dans Du polar, Guérif cite nommément France-Marie Watkins, à qui il avait confié une traduction pour Rivages/Noir et qui, d'elle-même, avait travaillé comme elle avait l'habitude de le faire pour la Série noire. Et c'est un des amis traducteurs de Guérif (Michalski, si ma mémoire est bonne) qui lui avait conseillé d'être vigilant avant de rééditer des traductions issues de la SN.

A ma connaissance, pas de terminologie "officielle" sur les différentes façons de refaire une traduction; peut-être cette terminologie est-elle connue à l'université, dans les études de traductologie.
Pourquoi réviser, restaurer ou carrément refaire une traduction?
Je passe sur les motifs bassement commerciaux (y en a: certains ont suggéré qu'on avait fait faire une nouvelle traduction de 1984 pour que l'éditeur ne perde pas les droits sur elle).
La traduction peut être franchement nulle. Il y a une vingtaine d'années, Gilles Dumay, alors directeur de "Présence du futur" chez Denoël, m'a proposé de réviser la traduction de Je suis une légende, de Richard Matheson. Au bout de quelques jours, je lui ai dit que c'était impossible: cela me prendrait moins de temps de repartir de zéro. Faux-sens, contresens, coupures, et surtout un style à l'opposé de la VO, genre "vieille France" avec imparfaits du subjonctif alors que l'original était plutôt sec et percutant. Malheureusement, Dumay n'avait pas à ce moment-là le budget pour une nouvelle traduction, et, quand il l'a eu, je n'étais pas libre et c'est mon excellente consoeur Nathalie Serval qui a fait le job. [Au passage, ce mouvement de fond de restauration des trads est en grande partie à l'initiative du regretté Jacques Chambon, lorsqu'il a entrepris en collaboration avec Hélène Collon de publier l'intégrale harmonisée des nouvelles de Philip K. Dick; il a récidivé par la suite avec Richard Matheson et Robert Silverberg, et comptait s'attaquer ensuite à J.G. Ballard--Bernard Sigaud a pris le relais.]
Si la traduction est bonne, elle peut avoir vieilli. Pour travailler intensément sur les policiers anglais de la Belle Epoque élargie (disons de 1890 aux années 1920-30), je sais que la plupart des traducteurs "arrangeaient la sauce" plutôt que de respecter le style souvent sobre des auteurs anglais et américains. Là, il y a un travail de replâtrage stylistique à faire. (Cela dit, j'ai réédité une fois une trad qui prenait pas mal de libertés avec la lettre du texte mais en respectait l'esprit et je n'y ai presque pas touché.)
Les traductions d'époque étaient souvent coupées. J'ai notamment fait un gros travail de restauration sur la série du "Loup solitaire" de Louis Joseph Vance, notamment sur le 4e volume, Noirs diamants (ex Le Retour du Loup solitaire), redonnant toute son importance à l'un des personnages dont pas mal de scènes avaient été coupées.
On peut n'avoir à faire qu'un nettoyage pour la forme. Albert Savine était un très bon traducteur, mais il avait tendance à fractionner ses paragraphes, ce qui modifiait le rythme du récit.
Cas particulier: le livre que je viens de publier en "Baskerville": Eugène Valmont, l'intégrale. C'est un recueil de nouvelles déguisé en roman qui compte huit nouvelles distinctes. L'une d'elles n'avait jamais été traduite (à ma connaissance). René Lécuyer en a traduit certaines durant les années 1920-30 pour Le Dimanche illustré. Il est sorti chez Ombres en 1998 un livre qui ne contenait que cinq textes sur les huit. Comme je tenais vraiment à publier ce bouquin, j'ai tout traduit moi-même pour garantir la cohérence du style plutôt que de réviser les traductions de Lécuyer.
Bref, chaque cas est un cas particulier ou presque.
Pardon d'avoir été si long.
JDB
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Camille
Blaise (Modesty)
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Jeu 21 Juin - 12:06

Au temps pour moi, je parlais des propos de Guérif sur les traducteurs du Masque en particulier, il est vrai qu’il est plus précis sur la Série Noire.

Vos propos ne sont pas long, bien au contraire vous êtes éclairants à plus d’un titre.


Je n’ai pas encore croisé de terminologie spécifique dans les ouvrages de traductologie (mais je suis loin d’avoir fait le tour). En revanche, je pensais qu’un tel vocabulaire pouvait servir à établir un cahier des charges et.ou un contrat.

Ce que vous dites sur « Je suis une légende » de Matheson est affligeant et malheureusement peu étonnant. Une traduction non enfantine du « Huckleberry Finn »de Twain a mis des années à émerger et on parle là d’un auteur reconnu et non d’une œuvre de littéraire populaire (avec tout ce que cela peut engendrer de préjugés sur le contenu). Je ne reviens pas sur l’édition de Dick que vous évoquée tant ne pas en posséder le deuxième tome est difficile (le ré-éditeront-ils un jour)

Quand vous dîtes « arrangez la sauce », vous pensez que c’est une vue esthétique volontaire (pour correspondre à l’idée que l’on se fait du lectorat de ce type de publication à l’époque ou à l’idée que l’on se fait de ce que doit être la langue française), que c’est par facilité (enfin j’entends plus par « habitude » en fait) ou pour répondre à des exigences extérieures (comme le temps que l’on peut consacrer à une traduction en fonction de l’argent gagné) ou vraiment un mélange de tout cela au cas par cas ?

En fait ce qui m’interroge dans le fond ce n’est pas tant le travail de telle traductrice ou de tel traducteur (car je n’ai pas le niveau pour jauger de leur travail déjà) que l’imaginaire que ces traductions véhiculent. Je n’ai pas encore reçu tous les Dorothy L Sayers que j’ai commandés mais de ce que j’ai pu lire c’est déjà intéressant. Dans la première traduction la première description du héros est coupée alors que dans la traduction révisée cette même description est présente mais presque « surstylisée ». Dès lors je m’interroge, la description en question est étrange (la tête du héros surgit de son haut de forme comme des vers blancs éclosent d’un bout de Gorgonzola) est-ce une coupe pour « gagner de la place » ? Auquel cas, gagner une petite phrase semble anecdotique. Est-ce que cela a choqué le traducteur ? Ou est-ce que cela ne rentre pas dans les « cases » et les normes de la lecture policière de déduction qui doit être lisse et divertissante ? Mêmes questions pour la révision de la traduction, avec en prime l’interrogation autour d’un possible cahier des charges de l’éditeur (pour tout harmoniser et.ou pour correspondre aux nouvelles attentes d’un lectorat qui se veut plus exigeant et.ou pour « respecter » l’œuvre et les auteurs ?).

J’ai aussi une question stupide je le crains mais je ne parviens pas à m’en défaire, Pour « Baskerville » vous traduisez en ayant en tête la littérature policière de l’époque (avec les codes sociaux et culturels mais aussi ceux du genre) ou plus avec le souci du lecteur actuel ? (je me pose la question car je sors d’un Ngaio Marsh dans lequel des éléments de la poste anglaise ne font l’objet d’aucune traduction.adaptation spécifique, ni même de note, ce qui est à la fois fidèle et déroutant).
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JDB
Dantès (Edmond)


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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Jeu 21 Juin - 12:38

Camille a écrit:


Quand vous dîtes « arrangez la sauce », vous pensez que c’est une vue esthétique volontaire (pour correspondre à l’idée que l’on se fait du lectorat de ce type de publication à l’époque ou à l’idée que l’on se fait de ce que doit être la langue française), que c’est par facilité (enfin j’entends plus par « habitude » en fait) ou pour répondre à des exigences extérieures (comme le temps que l’on peut consacrer à une traduction en fonction de l’argent gagné) ou vraiment un mélange de tout cela au cas par cas ?

En fait ce qui m’interroge dans le fond ce n’est pas tant le travail de telle traductrice ou de tel traducteur (car je n’ai pas le niveau pour jauger de leur travail déjà) que l’imaginaire que ces traductions véhiculent. Je n’ai pas encore reçu tous les Dorothy L Sayers que j’ai commandés mais de ce que j’ai pu lire c’est déjà intéressant. Dans la première traduction la première description du héros est coupée alors que dans la traduction révisée cette même description est présente mais presque « surstylisée ». Dès lors je m’interroge, la description en question est étrange (la tête du héros surgit de son haut de forme comme des vers blancs éclosent d’un bout de Gorgonzola) est-ce une coupe pour « gagner de la place » ? Auquel cas, gagner une petite phrase semble anecdotique. Est-ce que cela a choqué le traducteur ? Ou est-ce que cela ne rentre pas dans les « cases » et les normes de la lecture policière de déduction qui doit être lisse et divertissante ? Mêmes questions pour la révision de la traduction, avec en prime l’interrogation autour d’un possible cahier des charges de l’éditeur (pour tout harmoniser et.ou pour correspondre aux nouvelles attentes d’un lectorat qui se veut plus exigeant et.ou pour « respecter » l’œuvre et les auteurs ?).

J’ai aussi une question stupide je le crains mais je ne parviens pas à m’en défaire, Pour « Baskerville » vous traduisez en ayant en tête la littérature policière de l’époque (avec les codes sociaux et culturels mais aussi ceux du genre) ou plus avec le souci du lecteur actuel ?  (je me pose la question car je sors d’un Ngaio Marsh dans lequel des éléments de la poste anglaise ne font l’objet d’aucune traduction.adaptation spécifique, ni même de note, ce qui est à la fois fidèle et déroutant).
Dans l'ordre:
"arranger la sauce". Pour vous répondre en détail, il faudrait des connaissances que je ne possède pas. Je n'ai pas fait d'études en traductologie et j'ai appris le métier sur le tas. [Lecture recommandée: Histoire des traductions en langue française, chez Verdier. Il y aura quatre tomes, mais on attend encore celui sur le XXe siècle; celui sur le XIXe donne une bonne idée des conditions de travail et la hiérarchie des langues, si je peux m'exprimer ainsi.] Dans le cadre de mon travail sur "Baskerville", j'ai eu à "évaluer" le travail de plusieurs traducteurs et, à mon avis, certains sortent du lot parce qu'ils appliquent les principes qui ont fini par devenir les nôtres (fidélité et respect du texte original, correction du style français), alors que d'autres n'hésitaient pas à "embellir" le texte, et d'autres encore étaient parfois illisibles.
Ce qui est sûr (pour prendre l'exemple du Masque), c'est que les livres étaient calibrés et que les traductions étaient parfois (souvent?) abrégées ne serait-ce que pour cette raison. Y avait-il volonté d'édulcorer? Ce n'est pas impossible mais je n'en sais rien. Sur Les Joyeuses Aventures d'Aristide Pujol, par William J. Locke, un livre de la collection d'abord paru en feuilleton dans la presse puis chez Larousse, le héros, Provençal bon teint, n'hésitait pas à proférer des jurons bien sentis (en français ou en provençal dans le texte) que les traducteurs avaient systématiquement édulcorés; je les ai bien entendu rétablis.
Sur un autre livre, Les Forfaits de Michael, par E. Phillips Oppenheim, paru en feuilleton dans Le Figaro puis en volume chez Hachette, j'ai découvert en révisant la traduction (dont le style était à mon sens trop lissé) qu'un chapitre avait disparu entre la publication en feuilleton et celle en volume. Dans ce chapitre, les personnages, tous Anglais bon teint, vivaient à Paris une aventure dont la réputation des politiciens français ne sortait pas grandie. Autocensure? Qui sait...
Bref, j'ai constaté pas mal de choses, mais je n'ai aucune idée des motivations qui en sont à l'origine.
"question stupide": elle est tout sauf stupide. C'est un peu compliqué à expliquer, mais je m'efforce de travailler dans l'esprit des bons traducteurs d'époque que j'ai repérés (Louis Labat, René Lécuyer, Albert Savine) et de préserver du mieux possible l'ambiance "british" des livres que je traduis ou dont je révise la traduction (par exemple, je garde les formules Mr., Mrs. et Miss; je ne convertis pas les unités de mesure, etc). Si une note me semble nécessaire (ou une explication dans l'introduction si la note est très longue), je la rédige. Et je pousse le scrupule jusqu'à vérifier quand tel ou tel terme est entré dans la langue française pour ne pas commettre d'anachronismes. (Exemple: sur un récit de croisière publié avant 1914, on ne parle que de "sièges de pont"; le terme de "transatlantique" est entré dans la langue après la guerre de 1914-18.)
A suivre...
JDB
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Camille
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Lun 25 Juin - 17:52

« L’Histoire des traductions en langue français » tome 3 de chez Verdier, je suis le prochain sur la liste des réservations de la B.U (en prime j’ai vu que sur le forum quelqu’un avait déjà précisé les chapitres spécifiques à la littérature populaire).

A la suite de votre réponse, j’ai commencé une liste des points importants à ne pas négliger. Au-delà des coupes, des modifications franches et des éléments linguistiques « visibles » (comme le respect des temps par exemple), vous évoquez des points que j’aurais négligés. En même temps certains sautent parfois aux yeux « cloud of witness » de Sayers commence par une citation d’Othello, citation absente de la première traduction du Masque. Je sens que je vais passer un été comparatiste à chercher le diable dans les détails.

D’ailleurs, après vous avoir lu, j’ai parcouru la préface de Pierre Bondil et Johanne Le Ray, les nouveaux traducteurs des contes de Poe chez Gallmeister, ils insistent (entre autres) sur l’importance de conserver l’historique des termes et d’éviter les anachronismes.

Effectivement « à suivre… » pour de nouveaux partages et de nouvelles questions sur le sujet.
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JDB
Dantès (Edmond)


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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Lun 25 Juin - 18:30

A propos des citations: chaque fois que j'en trouve une dans une traduction, j'en cherche la traduction "canonique" (si elle existe) et j'en donne la référence en note -- ou dans une postface s'il y en a trop.
Les textes les plus cités par les auteurs anglo-saxons sont la Bible et Shakespeare. Dans un cas comme dans l'autre, il est très dur d'avoir la même sonorité en français qu'en anglais. Car pour les Anglo-Saxons, la Bible, c'est la Bible du roi James (ou Jacques), dont le style est sans équivalent à ceux des traductions françaises existantes. Alors on arrange un peu.
Pour Shakespeare, outre les traductions tombées dans le domaine public et disponibles gratis un peu partout (enfin, je me limite à celle de François-Victor Hugo), j'ai deux éditions chez moi: la première édition de la Pléiade, dirigée par André Gide, et l'édition du Club français du livre, dirigée par Pierre Leyris (un de mes amis habitant à 500 m de chez moi s'est offert la dernière édition en date de la Pléiade. A moi de choisir ce qui convient le mieux.
Quand j'ai affaire à la citation d'un poète moins connu, je dois faire des recherches plus poussées, à tel point que j'ai acquis une réputation de spécialiste auprès de certains collègues.
Le cas le plus tordu: un texte dont le personnage était un Américain né en 1926 (pour situer la génération) qui citait des vers des Rubayat d'Omar Khayyam--ou plutôt de l'adaptation romantique qu'en avait faite Fitzgerald. J'ai eu un mal fou à trouver une traduction française d'époque, toutes les versions disponibles aujourd'hui étant des traductions du persan et non de l'anglais--ce qui aurait été anachronique dans mon cas de figure.
Dans l'une des plus belles nouvelles de SF dont j'ai restauré la traduction, "Le Chant du barde" de Poul Anderson (dans le recueil du même titre), nombre des personnages s'expriment par citations, qu'il m'a fallu identifier et dont j'ai dû retrouver les traductions existantes... quand il y en avait. S'il n'y en avait pas, eh bien, je les ai faites moi-même en espérant ne pas trahir le texte.
JDB
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Camille
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Jeu 28 Juin - 17:29

chachakk a écrit:
Ca n'a sans doute pas de rapport avec votre travail et peut-être que l'information ne vous intéressera pas, mais quant aux problèmes de traductions, j'aime citer l'ouvrage de Jean-Bernard Pouy (qui est un génie de la littérature) : 1280 âmes.

En effet, J.B. Pouy invente, pour l'occasion, le personnage de Pierre de Gondol, qui possède la plus petite librairie de Paris et qui est engagé par un lecteur à enquêter sur la disparition des 5 personnes entre le livre original de Jim Thompson, « Pop. 1280 » et la traduction de Marcel Duhamel, « 1275 âmes ».
Une façon érudite et ironique d'évoquer les problèmes de traductions (le livre a été réédité ainsi tronqué, et pas seulement de 5 personnes, pendant 50 ans en France) et qui m'a poussé à ne plus m'intéresser qu'à la production francophone pour être sûr de lire ce que l'auteur avait voulu écrire (et, encore, méfions-nous des éditeurs ;-) )

Oups, je n'avais pas vu votre réponse.
En fait, il y a bien un rapport, bien qu'il soit indirect et personnel. Indirect car si je commence à mélanger les polars et les detective novel ça va être un beau bordel (et que ça doit être clivant comme on dit) mais on parle bien de souci.erreur.choix de traductions dans les deux cas. Personnel, parce que c'est en lisant un article sur ce livre de Pouy (il faudra un jour que je pense à retrouver et à lire tous les poulpes) et en trouvant l'idée assez dingue que la question de la traduction a commencé à m'interpeler. Les propos de Guériff et les articles lus ici et là n'ont fait que conforter mon avis selon lequel il y a matière à creuser (sans doute encore du côté de la série noire mais aussi ailleurs).

JDB cite des cas concrets (et parfois extrêmes et difficiles) qu'il a pu rencontrer mais on s'aperçoit que des changements, même mineurs, peuvent modifier le fameux "pacte de lecture".

En fait, à mon sens (naïf et teinté de pifométrie expérimentale balbutiante et débutante), l'aspect sériel est pratique et utile pour les éditeurs comme pour les lecteurs, on sait ce que l'on vend et l'on sait ce que l'on achète. C'est un peu comme pour la publicité, on a beau savoir que c'est de la publicité, cela a tout de même un impact. J'ai beau savoir que la collection Totem de Gallmeister utilise certains de ses rouages (ils viennent de mettre des numéros sur leurs tranches pour accentuer l'effet), il n'empêche que je ne peux m'empêcher d'acheter les nouveautés ^^
Reste qu'il me semble que la réception personnelle et critique dépasse parfois cela. En gros, ce qui m'interroge c'est qu'à chaque fois qu'un auteur (ou un genre) populaire est abordé en cours, revient à la charge ce côté "pacte de lecture populaire" pour transformer le livre en produit commercial, en cahier des charges sur patte, ce qui, bien sûr, ne peut aller de paire avec la qualité littéraire.

Le débat me semblait dépasser (après tout, on ne parlait plus d'infra littérature -bon "para" ce n'est pas forcément mieux) mais cela ne semble pas être le cas. A ce compte là, j'ai du mal à voir, comprendre pourquoi d'autres époques ou genres ou auteurs ne seraient pas touchés par le même phénomène et, surtout, en quoi le genre empêcherait la qualité (il suffit de voir que J'ai lu réédite Jacques Abeille en poche fantasy, pour comprendre que c'est un jeu sur les attentes et les imaginaires comme arguments de vente).
Comme cette question est complexe (aller dire "c'est littéraire" revient à vouloir légitimer ce que l'on apprécie en fonction de critères qui lui sont externes ou à revendiquer une position essentialiste, ou bien alors à prendre le parti du "tout se vaut"... et on n'en termine jamais), je me suis dit que le prisme de la traduction pouvait être intéressant.

De fait, on touche des points intéressants. Déjà parce que ça peut-être porteur de créativité comme chez Pouy, de total méconnaissance d'une oeuvre mais aussi de façon dont on lit un ouvrage.
Pour reprendre Sayers en particulier, la citation de Shakespeare est traduite dans la première édition française (à la tour de londres) mais pas au masque, puis de nouveau traduite par le masque en 95, l'air de rien avoir un telle référence (Sayers étant universitaire, il y a énormément de références littéraires dans ses romans) change la façon d'appréhender le roman. Lire "Shakespeare" ça fait "cultivé" et surtout ça fait envoie un signal "clin d'oeil" au lecteur. Plus rigolo, le "damn !" qui ouvre le premier roman est traduit par "oh saprisiti" une première fois puis par "foutre dieu" en 95... puis, lors d'une révisions (c'est pour ça, notamment, que je demandais ce que pouvait vouloir dire ce mot et si le "réviseur" était forcément le traducteur originel) en 2003, il devient "bon sang". Ce mot est assez transgressif pour l'époque (et il ouvre l'histoire) on pourrait donc penser logique qu'il soit atténué en "oh saprisiti" dans les années 40-50 pour ensuite revêtir un tour plus dur, ordurier, quelques décennies plus tard, mais qu'il soit de nouveau atténué interroge sur la vision à laquelle doit correspondre un detective novel pour le lecteur (on doit être passé au "cosy novel" au début des années 2000 donc le roman peut-être drôle et décalé mais pas transgressif).
Plus globalement, la vision des Detective Novel semble entachée par les règles de Van Dine, alors que pour pas mal d'auteurs anglais les règles sont plutôt celles de Knox (moins nombreuses, moins rigides et plus enclins à accepter le contournement), du coup tout le côté "jeu" des ouvrages et perçu comme un carcan esthétique alors qu'à mon sens, l'humour, la transgression (des règles, ce qui va à l'encontre du fameux "fair play" pour le lecteur), montre que ce carcan est plus malléable qu'on le pense régulièrement. La non-traduction ou la faible traduction d'auteurs comme Berkeley (qui très tôt va à l'encontre des règles et propose des fins dans lesquelles le "méchant" n'est pas puni) et les diverses traductions de certains auteurs, enferment notre perception des romans de cette époque dans une armoire sentant la naphtaline.

Désolé, j'ai fait très long...
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chachakk
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Jeu 28 Juin - 18:39

Je ne peux pas réellement vous aider sur le sujet de la traduction, depuis que j'ai lu ce fameux roman de Jean-Bernard Pouy, je ne lis plus que des oeuvres francophones pour éviter ce soucis et espérer lire ce que l'auteur a bien voulu écrire (vous me direz qu'avec les pratiques de certains éditeurs, à l'époque, ou encore maintenant, on n'est même pas certain, dans ce cas, de lire exactement ce qu'a pu écrire l'auteur).
Cependant, pour ce qui est le cahier des charges imposé à un genre, pour lire exclusivement du « Polar » d'hier ou d'aujourd'hui, je puis vous assurer que « cahier des charges » il y a toujours. Bien sûr, ce ne sont plus les mêmes ingrédients, les mêmes personnages, les mêmes sujets ou les mêmes mode de narration, mais les auteurs de polars actuels (surtout ceux à succès ou ceux cherchant le succès), utilisent tous le même cahier des charges a tel point que je finis par me demander s'il n'existe pas un ouvrage « Le polar pour les Nuls » que ces auteurs ont tous lus avant d'écrire.
C'est justement parce que je suis lassé des personnages de romans policiers actuels qui, en fait, n'existent quasiment plus qu'en deux versions : Le flic dur à cuir tombeur de ces dames et invulnérable ou le flic dépressif, alcoolique et suicidaire, que le mode de narration est pompé d'un roman à un autre et que les auteurs font un concours à celui qui créera le tueur en série le plus sanguinaire et l'intrigue la plus tarabiscotée, que je me plonge de plus en plus souvent, pour ma lecture de divertissement, dans les romans d'hier ou les auteurs d'aujourd'hui moins en vue (et chez Pouy, qui est un génie).

Alors, ces auteurs sont-ils influencés par leurs lectures et leurs volontés d'écrire un livre à succès, ou par leurs éditeurs, je dirais un peu des deux, il suffit de lire le premier roman d'un auteur inconnu qui fait un certain succès, puis de lire les autres et on voit la progression d'un style plus personnel, vers un style plus formaté (Olivier Norek, Bernard Minier, Franck Thilliez, pour citer des exemples récents).

Je m'arrête là car je suis hors sujet, par rapport à votre recherche et que c'est un sujet qui m'agace au point que je pourrais épiloguer pendant des heures ;-)
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Camille
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MessageSujet: Re: Femmes écrivains dans les années 1920 en France   Sam 25 Aoû - 9:58

L'aspect "cahier des charges" est une idée développé par Jacques Dubois dans son libre (le roman policier et la modernité), lui parle de "kit" d'écriture.
En soi, c'est aussi les règles du genre il me semble, au-delà des règles de SS Van Dine et des autres, quand on écrit dans le genre, on écrit pour un éditeur et pour un public, de fait l'idée que l'on peut se faire de l'histoire risque de changer en fonction de ces critères.
toutefois, je vous rejoins sur ce point, il semblerait qu'il existe des des moyens d'assurer un certain succès et de parvenir à une notoriété raisonnable sans vraiment s'investir dans le genre en question. J'ai parfois l'impression de lire des romans policiers avec écrit en sous-texte "adapte-moi en série ou au cinéma", tellement l'impression de "synopsis" me saute au visage.

Un autre point intéressant, c'est que cet aspect "écrit pour vendre" se retrouve pas mal dans le discours universitaire. En gros, il y a deux littérature, celle qui a pour propos le langage (la langue, l'écriture, la recherche esthétique) et celle faîte pour divertir qui peut-être sympa mais qui se mord la queue en suivant des principes de ventes et de plaisir du lecteur. Outre le fait qu'il soit assez français, ce discours néglige souvent qu'un lecteur amateur puisse lui aussi opérer un tri entre de purs produits commerciaux et des oeuvres investies par leur auteur.
d'ailleurs, le poids des amateurs dans les changements de traductions n'est pas anodin.

désolé pour le temps mis à vous répondre, je n'avais pas vu votre réponse.
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Femmes écrivains dans les années 1920 en France
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