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 (coll) Les aventures de Sullivan Blackmeister - C.P.E.

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pcabriotpi83
Lupin (Arsène)
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MessageSujet: (coll) Les aventures de Sullivan Blackmeister - C.P.E.   Jeu 18 Juin - 20:22

Il s’agit d’une collection avortée, puisqu’elle ne comporta qu’un seul titre, qui fut poursuivi en justice avec son éditeur et son auteur… ce qui peut être une explication pour sa disparition après le premier numéro.

L’ouvrage broché à couverture cartonnée et jaquette noire et jaune, publié en Avril 1949, était présenté comme le premier titre de la collection des “Aventures de Sullivan Blackmeister”, “gangster américain et par la suite agent secret”, écrit par Jack Spencer Trehall (Treehall en page de titre), et traduit “de l’argot américain”, par Gabriel Ainsi - s’il faut en croire la postface de l’ouvrage…
Voici les scans de la jaquette de ce roman



Recto et verso jaquette, rabats jaquette présentant l’auteur, le livre,… et les volumes à venir…

Ce roman sera interdit par le Tribunal Correctionnel de la Seine – jugement de la 17ème chambre du 7 novembre 1950., qui nous permettra de connaître le véritable nom de l’auteur…. : André Héléna !

Il n’est pas impossible que la postface signée Gabriel Ainsi, le soi-disant traducteur, ait été écrite par Héléna… Certains détails, comme le fait “d’être si fauché” et de “nous saoûler de concert à l’aide de l’Anjou 47 de la maison”… sont dans la ligne du personnage. Je propose d’ailleurs ce texte en citation, en guise de conclusion sur cette “collection”

TontonPierre

Citation :
POSTFACE


J’ai connu Jack Spencer dans des circonstances extraordinaires. C’était en août 1944, par une belle nuit chaude, dans un maquis du Lot. Il descendait lentement du ciel, suspendu comme une araignée à la fleur rose d’un parachute.
On savait qu’on attendait un officier américain et comme j’étais le seul de l’équipe à parler anglais je devais servir d’interprète.
Je manquais un peu d’entraînement car il y avait cinq ans que je n’avais pas eu l’occasion de montrer mes talents et je me demandais comment ça allait se passer.
Hé bien, ça se passa le plus mal du monde. D’abord lorsque j’allai ramasser Trehall dans son buisson, il me prit pour un flic et se mit à me tirer dessus. Il me fallut agiter mon brassard tricolore pour qu’il se calme un peu. Il était furieux. Il y avait de quoi. Il avait pris contact avec la terre au milieu d’un fourré épineux, or il n’avait rien d’un fakir, c’était un type plutôt sensible.
Ensuite quand on voulut s’exprimer en anglais ce fut une autre histoire. Il ne comprenait rien à ce que je lui racontais et moi je ne saisissais pas davantage le sens de ses paroles. Je dois dire qu’outre son accent américain, qui, déjà n’embellit pas sa langue, il employait un slang abominable, composé de mots piqués au hasard dans les argots de Broadway, de Frisco et même de Chinatown. Allez vous débrouiller avec ça !
Heureusement qu’il savait suffisamment de français pour se faire entendre. Mais, chose curieuse, dans son discours la langue verte de Pigalle dominait.
Je me demandais sérieusement d’où sortait ce phénomène. Mais c’était un temps où la discrétion était la plus belle des vertus et d’ailleurs on n’interroge pas sur son passé, ses amours et sa famille, comme ça, à brûle-pourpoint, un individu qui tombe dans la nuit pour vous donner un coup de main.
Je n’eus l’explication que deux jours plus tard. Chez nous officiers ou soldats, nous mangions tous à la même table, quand nous mangions et quand nous avions des tables, bien entendu. En tous cas, moi, en tant que lieutenant et qu’interprète, je ne lâchais pas mon Trehall d’une semelle.
Nous fûmes vite en sympathie.
J’appris ainsi qu’il avait eu un passé un peu…hum mettons agité. Il n’était pas indispensable de l’observer longtemps pour s’aviser que ce monsieur n’était pas né avec la dernière pluie.
Il essaya d’abord de me faire croire qu’il était représentant en aspirateurs, ce qui lui avait permis de courir les Amériques depuis Montréal jusqu’à la Terre de Feu.
Mais quand on est menteur, il faut avoir de la mémoire. Ce soir-là il avait bu pas mal d’un vin de Bergerac dont nous avions découvert un tonneau dans une voiture piquée aux Allemands. Et le lendemain, il ne se souvenait plus de son histoire. La preuve, c’est que le lendemain il était journaliste.
Je pensais à part moi que s’il écrivait comme il parlait, il devait être un curieux rédacteur. Comme je lui faisais remarquer ses contradictions il me lança un sale regard et murmura :
- Oh ! j’ai fait plusieurs métiers !
Et ça, du moins, ça devait être exact.
Bref, il resta quelques jours avec nous puis il tira de son sac un costume civil, brûla ses vêtements militaires et, sans crier gare il disparut, un beau matin.
Car la guerre avait donné une nouvelle profession à Mr Trehall – qui ne s’appelait certainement pas Trehall, au demeurant. – Il était agent secret.
Et la bataille se poursuivit avec des fortunes diverses…
En janvier 49, je rencontrai Trehall chez Alaux, à Montparnasse. Il était ocupé à se taper la cloche avec un autre Yank’ et une poupée blonde, trop jolie pour être honnête.
Ce sont des choses qui s’arrosent et nous nous mîmes en devoir de nous saoûler de concert à l’aide de l’Anjou 47 de la maison.
Il me demanda ce que je faisais dans la vie et comment je m’y prenais pour être si fauché. Je lui répondis que je traduisais et adaptais des romans de langue anglaise.
Il estima que ça tombait bien car il aurait quelque chose pour moi. Le lendemain il me remettait le manuscrit de Un drôle de mec.
Il y en avait quatre ou cinq autres dans sa malle, relatant tous les aventures de Sullivan Blackmeister, du S.R. à travers un monde tout chamboulé. C’était un plaisir de les traduire. C’était plein de filles ravissantes, de whisky, de coups de pétard, de poursuites dans la nuit et de bagarres.
Je crois que le prochain se passera en Indochine au milieu des espions communistes et des criminels de guerre japonais. Un drôle de mec n’est qu’une présentation du personnage. Et je crains fort que ça soit une autobiographie.

Gabriel AINSI
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