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 [Auteur] Hank Janson

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Maciste
Zigomar
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MessageSujet: [Auteur] Hank Janson   Ven 24 Avr - 9:45

Pour continuer dans le roman noir sexy de la fin des années 1940 - début des années 1950, mentionnons l'auteur anglais Hank Janson, alias Stephen D. Frances. C'est un peu l'équivalent de George Maxwell, étudié ici par TontonPierre: ses romans (publiés à partir de 1946) imitent le style du roman noir américain, et placent son héros (un nommé...Hank Janson) dans des histoires vaguement criminelles où il peut rencontrer des jeunes femmes très sexy qui sont souvent brutalisées...

Vous voyez ce que je veux dire?


Ses romans se seraient vendus à plusieurs millions d'exemplaires. Laughing
En 1954, la censure anglaise s'en est prise à ce pauvre Hank, mais S.D. Frances a pu échapper à la condamnation car il avait cédé le pseudonyme de Hank Janson à d'autres auteurs! (voir: The Trials of Hank Janson par Steve Holland, ISBN: 1-903889-84-7).

Quelques romans semblent avoir traversé la Manche pour faire le bonheur des lecteurs franchouillards :
- Les jupes lui donnent du souci ! (Le Condor, collection Votre roman noir, Madame ... n° 4, 1953, 192 p. Couverture illustrée par Jihel alias Jacques Leclerc).
Traduction de "Skirts Bring Me Sorrow", 1951, par M. Nichols.
- Faut pas crier, chérie! (Le Condor, collection Votre roman noir, Madame ..., 1952, 192 p. Couverture illustrée par Jihel alias Jacques Leclerc)
Traduction de "Baby, Don’t Dare Squeal", 1951, par M. Nichols.

Plus d'informations sur ces deux titres ci-dessous, dans le post de TontonPierre

- Razzia sur la drogue (éd. Bel-Air, Détective-Pocket n° 61, 1955)



Plusieurs autres titres sont parus dans la collection "L'Aventurier" du Fleuve Noir, mais ils datent des années 1960 et correspondent sans doute à la période post-Frances.

Liste mise à jour le 19 mai 2009 grâce aux indications de TontonPierre


Dernière édition par Maciste le Mar 19 Mai - 8:49, édité 3 fois
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arzam
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 24 Avr - 10:20

Maciste a écrit:
Hank Janson, alias Stephen D. Frances... rencontrer des jeunes femmes très sexy qui sont souvent brutalisées...

qq autres couvertures de titres originaux mettant en scène ces jeunes femmes dont parle Maciste
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arzam
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 24 Avr - 10:30

des précisions trouvées sur l'auteur
Citation :
FRANCES, STEPHEN D(aniel) (1917-1989)

infos qui doivent provenir de ce livre
Citation :
The Trials of Hank Janson by Stephen Holland
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Jean François Le Deist
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 24 Avr - 12:17

Ha Ha, on rentre dans mon domaine de prédilection tongue

Il faut que je ressorte toutes les notes que j'avais faites pour l'ami Pierre Turpin au sujet des ouvrages du Fleuve Noir d'origine étrangère.
( tiens, je pourrais les recaser sur le forum, pourquoi pas Question )

Et j'en ai encore autant sur les traductions aux collections Mystère et Punch...

Attention, elles datent d'une quinzaine d'années. Il y a eu depuis les dicos de Mesplède et consorts.

Voici toujours les titres dans la collection "L'aventurier" du Fleuve Noir :

"A la va viet" ( Aventurier n° 119 )
( T.O. "Nerve Center", ed. or. Compact F226 en 1963 )

"Fan-Fanfare" ( Aventurier n° 120 )
( T.O. probable "Fan Fare", ed. or. Compact F241 en 1964 )

"Ye Ye Yemen" ( Aventurier n° 121 )
infos inconnues

"Vaudou veau d'or" ( Aventurier n° 125 )
( T.O. "Voodoo violence", ed. or. Compact F242 en 1964 )

"Ding Dong Dingues" ( Aventurier n° 128 )
( T.O. "A girl in hand", ed. or. Compact F255 en 1964 )

"Intoxicomanie" ( Aventurier n° 187 )
infos inconnues

Hank Janson est un "house-name" propriété de la firme Gaywood.
Au moins 11 auteurs ont participé ( infos d'il y a 15 ans )

_________________
"Par suite des pluies, les Bries, les Coulommiers et les Livarots ont éprouvé une forte baisse"
( Halles Centrales de Paris, janvier 1885 )
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Jean François Le Deist
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 24 Avr - 12:23

Toutes mes infos viennent de Steve Holland et de ses bouquins.

Voir son site consacré aux comics anglais :
http://bearalley.blogspot.com/

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Maciste
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Sam 25 Avr - 11:09

Quelqu'un aurait-il les scans (les "visuels", comme on dit dans l'édition Very Happy ) des deux romans : Les jupes lui donnent du souci ! et Faut pas crier, chérie! ? Rolling Eyes
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arzam
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Sam 25 Avr - 12:02

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pcabriotpi83
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MessageSujet: Hnak Janson au Condor   Mer 13 Mai - 20:24

Les éditions “Le Condor” ont publié fin 1952 et début 1953, sous la houlette de Roger Dermée, deux romans écrits par Stephen Daniel Frances et signés Hank Janson en 1951.

- “Faut pas crier , Chérie !”, qui est la traduction de “Baby, Don’t Dare Squeal”, paru en mai 1951, qui est un mélodrame érotique, et dans lequel n’apparaît pas le personnage héros Hank Janson. Ce titre est, selon la classification rappelée par Steve Holland, le premier titre de la troisième série de la période “classique” de Hank Janson. Il battra le record des demandes de destructions faites contre les titres écrits par Hank Janson : 76 !.
Pour la traduction en français faite par M. Nichols, ce sera le premier numéro de la collection “Votre roman noir, Madame…” des éditions “Le Condor” (parution en décembre 1952).

- “Les jupes lui donnent du souci !”, lui, est la traduction du roman “Skirts Bring Me Sorrow”, paru en décembre 1951, et est une intrigue avec le personnage Hank Janson. Toujours selon la classification rappelée par Steve Holland, ce titre est le neuvième de la troisième série de la période “classique” de Hank Janson.
Ce titre a été réédité en novembre 2003 par les éditions Telos, dans la forme correspondant à l’édition originale de 1951, et dévoile pour la première fois la superbe couverture qu’avait dessinée Reginald Heade et qui, pour des raisons d’autocensure (ils pensent à tout ces British !…), avait été partiellement surencollée par la célèbre silhouette logo de Hank Janson.
La traduction en français revient encore à M. Nichols. Ce sera le numéro quatre de la collection “Votre roman noir, Madame…”, qui paraîtra en mars/avril 1953.

Les couvertures des deux titres français sont à porter au crédit de Jacques Leclerc, sous sa signature d’artiste Jihel.

A la demande de l’ami Maciste, voici la mise en ligne de la couverture de “Faut pas crier, Chérie !”



Nous retrouverons dans quelques temps une série d’articles sur Stephen Daniel Frances / Hank Janson ciblés sur cette période classique, qui s’arrête en 1953, année précédant le début des procès pour obscénité…

TontonPiere
Informations sur les éditions anglaises tirées du livre de Steve Holland : The Trials of Hank Janson – édition anglaise de 2004 chez Telos
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pcabriotpi83
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MessageSujet: [auteur] Hank Janson   Ven 25 Sep - 12:21



Bientôt dans ce topic une étude sur Hank Janson ciblée sur la période de ses grands classiques, entre 1948 et 1959.
Hank Janson – de son vrai nom Stephen Daniel Frances – (1917-1989), fut l’un des auteurs de romans de gangsters les plus vendus dans la Grande Bretagne d’après-guerre. Il fut aussi l’objet de procès retentissants contre l’obscénité de ses ouvrages ; et il eut le bon goût de choisir, pour illustrer les couvertures de ses romans – et pour notre plus grand plaisir d’amateurs de p’tites pépées – le maître incontesté du “Good Girl Art” de Grande Bretagne de l’époque : Reginald Heade.

Ses ouvrages sont du même style que ceux qui parurent en France à la même époque, c’est-à-dire avec des durs à cuire, des jolies filles… et une bonne dose de sexe !


Hank Janson dans la quarantaine – dans les années 60

Peu de ses titres furent traduits en français. Le premier à se lancer à en faire traduire et à les publier fut Roger Dermée, qui proposa deux titres dans la collection “Votre roman noir… Madame” parus aux Editions Le Condor ; puis vint Le Fleuve Noir, via sa collection “L’Aventurier” en 1963-1964, les Editions Bel Air et leur collection “Détective Pocket” en 1965 et Les Presses de la Cité en 1967.

A ma connaissance, seules des études en langues anglaises ont été faites sur l’auteur et ses romans, notamment celle de Steve Holland au travers de son ouvrage “The Trials Of Hank Janson” (Les procès de Hank Janson), qui, en plus de fournir une biographie et une bibliographie complètes de Stephen Frances, nous fait entrevoir les coulisses de l’édition populaire britannique d’après-guerre.

L’étude à paraître prochainement s’appuiera sur l’ouvrage de Steve Holland et comportera plus de 150 illustrations, la plupart tirées du Web.
Justement au sujet des illustrations, je voudrais faire un appel aux membres du Forum pour m’aider à trouver quelques manquants, notamment :
- Sweetheart, Her’s Your Grave (1949)
- Torment For Trixy ( 1950)
- Milady Took The Rap ( 1951)
- Sadie, Don’t Cry Me Now (1952)
- Deadly Mission (1953)


A vos marques… (et à vos archives pour celles et ceux qui le voudront bien…)

TontonPierre
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Maciste
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 25 Sep - 22:43

On attend cette étude avec impatience!!!
Fera-t-elle l'objet d'une édition papier (dans ce cas, j'en réserve déjà un exemplaire!)?
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pcabriotpi83
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 2 Oct - 20:14

S’il y a de la demande…. Et si c’est demandé gentiment… alors y’a pas de raison pour qu’on ne puisse pas y arriver… !
Peut-être faudra-t-il que quelqu’un Maciste m’assiste pour le fer faire.

En attendant, allons-y… c’est parti pour le premier “épisode”…
Bonne lecture

TontonPierre
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pcabriotpi83
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 2 Oct - 20:15



C’est par ces mots que l’Anglais Stephen Daniel Frances faisait se présenter son héros américain à la belle Beryl Parker dans le roman “Sweetheart, Here’s Your Grave” paru en 1949, roman qui, hélas pour nous, et comme beaucoup d’autres romans de cette série, ne sera jamais traduit en français. Et d’ajouter : “Remember, you sound the J like it’s a Y.” - “I’ll remember, Hank”…..répondra Beryl Parker.
Nous verrons dans ce premier volet consacré à Hank Janson(1) comment, un week-end d’automne 1946, Stephen Daniel Frances donna ce nom au personnage principal de son premier roman-fiction, et pourquoi il décida de prendre ce pseudonyme pour signer toute une série de romans qui allait faire de lui le best-seller des “histoires de gangsters” en Grande Bretagne.



Stephen Daniel Frances junior naît le 28 mars 1917 dans un quartier ouest de Londres. Son père, Stephen Daniel Frances, et sa mère, May Isabel Abott, ont 24 ans et se sont mariés l’année précédente. Partant à la guerre sur le sol français, son père mourra de ses blessures en 1918 ; sa mère devra alors travailler dur pour survivre à la mort de son mari ; c’est pourquoi Frances passera une grande partie des premières années de sa jeunesse avec sa grand-mère maternelle, qui lui enseignera un certain nombre de leçons de la vie.

A quatorze ans, Frances quitte l’école et commence à travailler en apprentissage comme garçon de bureau chez un éditeur. La même année, il commence à s’intéresser à la politique et intègre la Ligue des Jeunesses Travaillistes (l’équivalent de notre Mouvement des Jeunesses Socialistes). A 16 ans, il est employé aux expéditions d’une agence d’import-export, et commence à trouver sa voie (et sa voix) comme porte-parole politique débutant, d’abord par des lettres envoyées au Daily Worker, puis par des textes plus conséquents, le premier d’entre eux étant un article sur une double page titré en gras : “Représailles contre les agents d’expéditions”, qui lui vaudra …les encouragements de son patron.

« Aussi loin que je puisse me souvenir – dira Francesj’ai toujours eu l’envie d’exprimer des idées sur du papier. Vers l’âge de neuf ou dix ans, je prenais plaisir à passer des heures à écrire - en vers - des récits sommaires de scénarios de films. Ecrire des lettres aux éditeurs était un autre de mes passe-temps […] Ce qui était surprenant, c’était que tout ce que j’écrivais était considéré par l’éditeur comme valant la peine d’être publié. J’étais un écolier lamentable. Je haïssais tellement l’école que je faisais d’importants efforts pour éviter d’apprendre quoi que ce fût. La grammaire anglaise était pour moi un mystère que je ne voulais pas voir s’éclaircir. Je prenais un grand plaisir à la lecture, mais je n’avais aucun enthousiasme pour apprendre les règles de grammaire et de conjugaison. »

Les articles de Frances commencèrent bientôt à apparaître dans des publications gratuites et, quand la seconde guerre mondiale éclata, Frances et un de ses amis commencèrent à publier “Free Expression”, un fascicule de quelques pages ronéotypées vendu un penny la copie, et dont le but annoncé était de publier n’importe quelle opinion exprimée librement.

« Mes premières incursions dans l’écriture étaient stimulées par mon ressentiment de la pauvreté dans laquelle moi-même et beaucoup d’autres vivions. J’écrivais des articles qui étaient des analyses politiques. Puis je découvris que j’aimais aussi écrire des fictions. Dans mes moments perdus, au bureau, dans le tram qui m’emmenait travailler, et même en attendant le bus, je griffonnais quelques idées, ou quelques dialogues sur le dos d’enveloppes ou sur des bouts de papier. Au plus profond de moi-même transparaissait le rêve qu’un jour je pourrais être payé pour ce que j’écrirais et gagner ma vie en écrivant »


Le hasard lui fit rencontrer un certain Harry Whitby, médecin de profession mais vivant plutôt de revenus “privés” et passionné par les jeux d’argent, qui devint un de ses bons amis, et qui fit à Frances en 1944 la proposition d’apporter des fonds pour monter à deux une affaire d’édition. Marché conclu ! Frances fit paraître dans le numéro de novembre 1944 du “Writter” une annonce pour l’appel à contribution d’une anthologie devant être le premier titre de la future maison d’éditions du Pendulum. “Stories for All Moods” apparaîtra en juillet 1945 et comportera 30 histoires courtes et 2 poèmes, écrits principalement par de jeunes auteurs. “No Lady !” sera la contribution de Frances, et en même temps sa première fiction.
Dans les quelques mois qui suivirent, Frances édita des titres divers et variés et s’adjoignit comme illustrateur un certain Philip Mendoza (1898-1973), qui avait exposé à la Royal Academy, et qui deviendra un peu plus tard au début des années 50 un pourvoyeur de couvertures “avec des jolies filles” (Good Girl Art ou “GGA”) et un dessinateur de BD populaire. C’est Mendoza qui dessinera en 1948 la silhouette qui deviendra le célèbre motif des couvertures des romans de Hank Janson, et qui fournira quelques couvertures “sexy” pour la même série.

Le projet d’édition des Editions Pendulum était ambitieux : des romans, des séries de poèmes, des anthologies, des ouvrages autres que des fictions, et des magazines. Frances y écrivit son premier roman, qui parut en octobre 1946 : “One man in His Time”, l’autobiographie imaginaire d’un jeune aventurier, très inspirée de sa propre biographie, grandissant dans la pauvreté dans le sud de Londres, luttant pour trouver une voie à sa convenance… mais dont les expériences divergèrent nettement de ses ambitions : l’acteur-narrateur, anonyme, était capable de rejoindre la Brigade Internationale en Espagne, de gagner à tout va au casino de Monte Carlo, et de faire tourner une fabrique de pommade….Un des critiques du Statesman and Nation commenta : « Avec une telle vie, peu de personnes n’auraient pas réussi. Le vrai test pour l’auteur sera quand il se mettra à écrire des fictions ».

« C’était en même temps le bon et le mauvais moment pour démarrer une maison d’édition – se rappela Frances - . A cause du rationnement et du manque de papier les kiosques avaient très peu de choses à lire à mettre en vitrine et sautaient avidement sur n’importe quoi. Les ventes étaient assurées, mais il était difficile d’avoir du papier. Je passais pratiquement tout mon temps à courir partout pour trouver des imprimeurs qui avaient du papier disponible, avec rarement de succès. La plupart des imprimeurs n’avaient pas de papier à concéder et ceux qui en avaient affichaient des prix qui incluaient non seulement leur marge d’imprimeur mais aussi une partie du bénéfice de l’éditeur. C’était à prendre ou à laisser. Je préférais laisser… »


Deux couvertures de Philip Mendoza. A gauche, la couverture de “Jinn & Jitters” n°1, magazine d’histoires fantastiques éditées par Pendulum (Stephen Frances) en 1946 ; Au centre, la couverture de “One Man In His Time”, premier roman (semi autobiographique) de Stephen Fances, paru en octobre 1946 (from “The Trials of Hank Janson” de Steve Holland – Telos - 2004). Il ne subsiste qu’une poignée d’exemplaires de ce dernier titre – 3 exemplaires sont est à vendre pour la “modique somme” de 2800 à 3000 euros sur abe.books ! Avis aux (richissimes) amateurs…
A droite, la fameuse silhouette logo de Hank Janson, créée en 1948 par Mendoza, qui ornera les quatrièmes de couverture des titres de Hank Janson puis un peu plus tard la première de couverture de ces mêmes romans, pour cause d’autocensure des couvertures “Good Girl Art” dessinées par Reginald Heade (from quatrième de couverture “Skirts Bring Me Sorrow” – éditions Telos 2003).


Trouver du papier était le souci permanent des petits éditeurs d’après guerre. Des contrôles stricts sur les approvisionnements de papier avaient été mis en place en 1940, notamment les approvisionnements de matière première servant à la fabrication du papier qui avaient été coupés. La victoire des Forces Alliées en Europe en 1945 ne s’accompagna pas immédiatement de la fin des restrictions, car le Gouvernement Britannique dut faire face au problème économique de maintenir ses importations au minimum. Les nouveaux venus comme les Editions Pendulum se virent allouer un quota minimum, alors que les maisons déjà bien établies se virent allouer un certain pourcentage de ce qu’elles utilisaient avant la guerre. Il y avait quand même quelques petits imprimeurs qui avaient du surplus de papier bien qu’ayant des quotas non mirifiques. « Aussi, doucement, les Editions Pendulum démarrèrent leurs publications, et, lors de mes visites chez les imprimeurs et les distributeurs, je laissais traîner mes oreilles, posant des questions et apprenant les rudiments du business de l’édition ».

Chez un second éditeur, Ward & Hitchon, Frances lança une série d’ouvrages sur le cinéma avec le projet de publier quatre volumes par an. C’est cet éditeur qui deviendra le premier éditeur de Hank Janson


Un imprimeur téléphona un vendredi après-midi à Frances pour lui dire qu’il s’était procuré assez de papier pour imprimer 20.000 exemplaires d’un 24 pages en demi octavo. Son problème était qu’il avait une machine inoccupée et qu’il souhaitait la faire tourner dès le lundi suivant.
Frances sauta sur l’occasion : « Réservez-la moi. Je vous donne un manuscrit lundi matin ».
Téléphonant à tous ses auteurs habituels, Frances s’aperçut que personne n’avait un manuscrit de la bonne longueur…

Là dessus, un distributeur lui téléphona, demandant 2.000 exemplaires d’un livre sur les stars de cinéma de chez Ward & Hitchon. « Nous ne pouvons vous livrer avant la fin de la semaine prochaine, lui répondit Frances. Les coupures d’électricité sèment partout la pagaille »
Pour le consoler, Frances mentionna qu’il aurait bientôt un vingt-quatre pages à lui offrir.
« Quel genre ? » demanda le distributeur
« Je ne sais pas encore. Je suis entrain de sélectionner un manuscrit », dit Frances, mentant sur la vérité de la situation
« Evitez les romances, avertit le distributeur, Y’en a trop sur le marché. Préférez le crime, les westerns ou les gangsters ».

Incapable donc de trouver un manuscrit, Frances était sur le point d’abandonner et de téléphoner à l’imprimeur.
Que faire ?… Pourquoi ne pas écrire lui-même ?… Il avait besoin d’une histoire d’environ 15.000 mots pour remplir le booklet de 24 pages… C’est alors qu’il se tourna vers Muriel, sa secrétaire, et lui demanda si elle aurait le courage de travailler tout le week-end…
Et c’est ainsi que pendant que Frances dictait… Muriel dactylographiait…. « Nous travaillâmes tout le samedi et jusqu’après minuit le dimanche, se rappela Frances plusieurs années plus tard. Mais enfin nous arrivâmes au nombre exact de pages dactylographiées que voulait l’imprimeur. J’avais la voix enrouée à force de dicter, et Muriel avait mal aux épaules d’être penchée sur sa machine à écrire ».

Frances avait déjà choisi le titre de son thriller : “When Dames Get Tough”. Le dialogue essayait d’imiter le style narratif à la première personne utilisé par le très populaire Peter Cheyney dans ses romans de Lemmy Caution.
Arrivé à la moitié du texte, Frances trouva qu’il ne pouvait faire autrement que de donner un nom à son personnage principal. Dans l’histoire, le héros était un VRP, vendant des produits de beauté à travers l’Amérique ; il fallait donc lui donner un nom à consonance américaine. Frances choisit “Hank”, à cause de sa résonance avec Yank (les Yankees…), et “Janson”, qu’il prévoyait de prononcer “Yanson”, parce que ce nom accompagnait la consonance du son “Yank”, bien qu’il fût conscient que quelques lecteurs prononceraient le nom correctement, préférant le son “J”…
“I’m Janson. Hank Janson. Remember, you sound the Jay like it’s a Y”, dira Hank dans le roman plus tardif “Sweetheart, Here’s Your Grave”.
« Hank Janson, dit Muriel, ça me plaît. Ça sonne bien quand on le prononce. Dois-je mettre votre nom comme nom d’auteur ? » Comme le style narratif à la première personne faisait encore penser à une fiction autobiographique, Frances écrivit “par Hank Janson” sur la page de couverture.


La première apparition de Hank Janson, à la fois comme nom de héros de roman et nom d’auteur, dans “When Dames Get Tough”, publié par Ward & Hitchon, fin 1946 ; titre qui sera suivi de peu par “Scarred Faces + Kitty Takes The Rap”, chez le même éditeur. Les couvertures, non signées, sont probablement – selon Steve Holland - de Bob Wilkin, un dessinateur de BD qui avait illustré nombre de titres chez Pendulum. Ces trois courts romans ont été réédités en un seul volume par les Editions Telos en mai 2004, avec une couverture originale et inédite de Reginald Heade, le grand maître du “Gorgeous GGA” (Gorgeous Good Girl Art) du début des années 50.
(from “The Trials of Hank Janson” – op. cit. - et “When Dames Get Tough” – édition Telos 2004)


Le manuscrit dactylographié fut livré à l’imprimeur, et fut publié sous le titre prévu “When Dames Get Tough”, avec “Hank Janson” comme nom d’auteur, et fut suivi rapidement par un autre titre “Scarred Faces”, un 64 pages comprenant deux courts romans “Scarred Faces” et “Kitty Takes the Rap”(2). Les trois histoires étaient relativement bien écrites, chaque histoire étant la suite de la précédente (3). …
Mais ce ne sera cependant que plus tard, grâce à la prochaine série des “aventures” de Hank Janson, que Frances/ Janson deviendra le“ best-seller” de l’époque.

-----------------------------------------------

Note (1) : Cette mini étude n’a d’autre objectif que de faire un focus sur ce qu’il est convenu d’appeler “la période classique Hank Janson”, qui s’étend sur cinq “séries” - 50 titres publiés entre 1948 et 1953, et qui fut arrêtée dans son élan par l’action de la Justice anglaise en 1954 pour outrage aux bonnes mœurs (“obscenity”). C’est aussi l’opportunité d’illustrer le propos par quelques-unes des superbes couvertures dessinées par Reginald Heade.
Dans ce premier volet, nous allons parcourir les étapes clés qui permirent à S.D. Frances de percer dans la double orientation de sa carrière que fut l’écriture et l’édition ; par la suite seront présentés les titres de cette période dite “classique”, ainsi que les autres ouvrages écrits par S.D. Frances sous d’autres pseudonymes pendant cette période ; l’étude présentera les actions menées par la Justice contre les ouvrages de Hank Janson / S.D. Frances, avant de se terminer par la période après procès jusqu’au moment où les droits de “Hank Janson” seront vendus en 1959 à Jim Roberts, qui créera pour la circonstance la “Roberts & Vinter Ltd”.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur S.D. Frances, la lecture de l’ouvrage de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” s’impose. Plus que la simple relation des procès dont les titres de Hank Janson firent l’objet, l’ouvrage contient une biographie et une bibliographie complète de S.D. Frances. voir le site :

http://www.amazon.fr/Trials-Hank-Janson-Steve-Holland/dp/1903889847/ref=sr_1_3?ie=UTF8&s=english-books&qid=1248164171&sr=1-3

Note (2) : Ces deux nouvelles seront réécrites et combinées pour donner le futur 10ème roman de Janson “Gunsmoke In Her Eyes” à paraître en septembre 1949.

Note (3) : On peut accéder à un aperçu de ces trois textes sur le site de John Fraser http://www.jottings.ca/john/kelly/sbar12b.html .

(à suivre…)
– Y’aura d’la p’tite pépée !…C’est sûr…
– Ah bon ?…Où çà ?…sous les couvertures ?
– Bah non !…, plutôt dessus… et dessinée par Heade, s’il vous plaît !…


TontonPierre

Informations tirées des livres de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” – édition anglaise de 2004 parue chez Telos, et “The Mushroom Jungle”ZEON Books 1ère édition de 1993. Les propos recueillis et rapportés par Steve Holland, et reproduits entre guillemets tout au long du texte mis en ligne ont été traduits de l’anglais par TontonPierre. Sauf indication contraire, les reproductions de couvertures incorporées à l’étude sont issues du Web.

Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”
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MessageSujet: (Auteur)Hank Janson   Ven 2 Oct - 21:23

cheers travail de pro comme d ' hab'

Qu'est-ce qu'on dit en choeur ?
Merci tonton lol!
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pcabriotpi83
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 9 Oct - 20:11



En 1947, Harry Whitby, l’ami et associé de Frances, décida de partir en Australie, et demanda à récupérer son capital investi dans les publications Pendulum. Au même moment, Frances et Whitby reçurent une offre externe de rachat de la compagnie. A cet instant, Pendulum marquait le pas ; Frances saisit l’opportunité et accepta cette offre de rachat.

Immédiatement après, Pendulum se mit à publier beaucoup,… beaucoup trop. Les nouveaux propriétaires ayant présumé de leurs forces, la société fit faillite et fut placée sous administration judiciaire ; et les commissions que Frances avait acceptées en retour de sa participation dans l’affaire ne furent jamais honorées…

« Mon aventure dans le monde capitaliste des affaires aura été instructif, excitant, mais pas rentable. A mon actif, j’avais un logement à loyer modéré, et £250 – le paiement initial de mes parts dans Pendulum ; à mon passif, je n’avais plus de boulot ; beaucoup de mes connaissances professionnelles, mécontentes, m’accusaient d’avoir vendu à des acheteurs peu fiables, et je n’avais pas de plan d’avenir » […] « Je n’avais pas envie de retourner travailler sous le diktat d’un employeur. J’aurais préféré travailler 16 heures par jour pour mon propre compte plutôt que travailler 40 heures par semaine, même pour le double, chez un patron » […] « Pendulum avait publié mon premier roman qui, somme toute, n’avait pas été – de l’avis général – désapprouvé, et je me dis que si j’étudiais bien le sujet, je pourrais écrire un western honorable »

Frances s’attela devant sa machine à écrire et, 15 jours plus tard, avait son manuscrit pour un western. Un artiste fut commissionné pour dessiner la couverture et un imprimeur fut réservé avec suffisamment de papier pour imprimer 10.000 exemplaires, à vendre 1/6 pièce (c’est-à-dire 1 shilling et 6 pences, soit un shilling et demi).


“Bushwhacked” – le premier des trois westerns écrits par Frances - tous sous la signature de Tex Ryland.
A gauche édition originale de 1948 éditée par Bernard Henry (from “The Trials of Hank Janson – op. cit.) – A droite, première réédition sous le même titre en 1957 chez Alexander Moring. Ce western sera réédité plus tard en 1963 chez Consul Books sous le titre “On The Vengeance Trail” et en 1968 chez Mayflower Books sous le titre “Trail of Revenge”


Restait à trouver un distributeur. Frances approcha Julius Reiter, le Directeur de “Kosmos International Distributors”, qui venait de créer en septembre 1947 la “Gaywood Press Ltd”, une société de distribution de livres et de magazines. Au lieu des 40% de discount habituellement consentis par l’éditeur au distributeur, Frances promettait un discount de 50% :
« Voici le dessin de la couverture, et voilà le manuscrit. Je me prépare à faire imprimer et à publier une édition de 10.000 exemplaires, et je vous vends l’intégralité de l’édition avec un discount de 50% »

C’était une proposition attractive, car elle faisait passer de 15% à 25% la marge laissée au distributeur, une fois que ce dernier aurait laissé une commission de 25% sur le prix de vente aux détaillants. Le seul risque était de ne pas vendre assez d’exemplaires pour couvrir le coût d’achat de l’ensemble de la série imprimée, mais, à ce moment-là, il n’était pas très difficile de vendre 10.000 westerns, et Reiter donna son accord écrit.

Le western s’intitulait “Bushwacked”. Il parut en 1948 sous la signature de Tex Ryland et la marque d’éditeur de Bernard Henry, petite maison d’édition créée l’année même par Bernard Henry Kornberg, qui avait travaillé chez Pendulum.

Le schéma économique de l’affaire, dressé par Frances, était simple :
- Le dessinateur empochait £10 pour le dessin de la couverture, et £30 pour les différents titrages du livre
- Un manuscrit pouvait être acheté £50 – parfois moins –
- L’impression de 10.000 exemplaires coûtait £250.
Ce qui faisait un total de £340 pour 10.000 exemplaires.

Au prix de vente unitaire de 1 shilling et 6 pences (noté 1/6), l’affaire rapportait £750, dont £375 revenaient à Frances – soit un profit de £375-£340=£35 (£85 s’il écrivait lui-même le livre). En considérant que le salaire moyen d’un travailleur était de £6 par semaine, Frances calcula qu’il lui faudrait (ou lui suffirait de) publier un nouveau roman tous les 3 mois pour s’assurer de cette rémunération.

En attendant les résultats de vente de son western, Frances s’attela à un autre western qu’il présenta à Reiter. Ce dernier, cependant, était un peu moins chaud…. Le marché du western devenait saturé, et vendre rapidement l’intégralité d’une édition dans le domaine devenait hasardeux.
« Essayez quelque chose d’autre » suggéra Reiter
« Gangsters ? » proposa Frances, qui avait bien réussi avec “When Dames Get Tough” et ses deux autres nouvelles “Scarred Faces” et “Kitty Takes The Rap” qui avaient été éditées en un seul volume et sous le premier titre chez Pendulum / Ward & Hitchon au prix de 1/6.
« On va essayer sur un titre » répondit Reiter.

Le second western de Frances ne sera donc pas publié immédiatement. Il sera vendu l’année suivante aux éditions Scion qui le publieront sous le titre “A Grave For A Coyote”.

Pendant les quelques semaines qui suivirent, Frances écrivit sous la signature de Hank Janson “This Woman Is Death”, un titre probablement inspiré du roman écrit par Peter Cheyney en 1936 : “This Man Is Dangerous”, roman qui avait introduit Lemmy Caution et son style désinvolte, et qui avait propulsé Cheyney vers sa colossale carrière de romancier.

Afin d’éviter de se retrouver dans une situation analogue à celle de Pendulum, c’est-à-dire avec une entreprise comportant employés et secrétaires, Frances créa la S.D. Frances (Publishers), une entreprise en nom individuel ; et ce fut sous le label de sa propre maison d’édition S.D. Frances que le roman fut préparé…

« Le flux de ma pensée vers ma machine à écrire s’écoulait si facilement, dira Frances, que j’écrivis un second titre : “Lady, Mind That Corpse”. J’étais optimiste et j’espérais que Reiter l’accepterait ». Ce qu’il fit.


Les deux premiers “grands romans” de Hank Janson, enrichis par les couvertures de Reginald Heade, le futur maître incontesté du “Good Girl Art” en Grande-Bretagne.
A gauche, “This Woman Is Death”, paru en juin 1948. (Attention ! : le roman “Cette femme est la mort” présenté ici et paru en novembre 1967 aux Presses de la Cité est la traduction d’un autre roman portant également le titre “This woman Is Death”, signé Stephen Frances avec John Gail comme héros au lieu de Hank Janson, publié en 1965 chez Mayflower Books, et réédité en 1969 aux USA chez Award Book).
A droite, “Lady, Mind That Corpse”, dans sa version anglaise de septembre 1948 et sa version américaine de 1949 chez Checkerbooks, qui utilisa l’illustration de l’édition anglaise de “Honey, Take My Gun” comme couverture.


L’illustrateur Reginald Cyril Webb, plus connu sous le nom de Reginald Heade, reçut de la part de la maison d’édition Stephen Frances une modeste commission pour la couverture d’un hypothétique roman de gangsters écrit sous le pseudonyme de Hank Janson. Il serait payé £10 pour le dessin et pourrait avoir un boni de £2 s’il ajoutait les inscriptions de couverture. Heade honorera la commande par un succès décisif, avec une blonde séduisante, portant robe moulante et gants noirs, exactement comme Rita Hayworth dans “Gilda”. Il réalisa le titrage de l’ouvrage avec un nom d’auteur/logo écarlate du style de sa signature : deux barres verticales du H s’allongeant vers le haut, le lien qui unira Hank et Heade pour les années suivantes…

Tandis que “This Woman Is Death” était livré chez Gaywood Press, Frances avait déjà attaqué un troisième titre : “Gun Moll For Hire”. Il approcha Reiter avec la même proposition que les précédentes, mais Reiter avait jeté un œil vers la concurrence. Depuis deux ans, les éditions Modern Fiction avaient publié des séries d’histoires de gangsters écrites par Frank Dubrez Fawcett sous le pseudo de Ben Sarto, et les avaient vendues sans problème au prix de 2/6 !. Ben Sarto arrivait à vendre un roman à 40.000 exemplaires, et Reiter pensa que Hank Janson pourrait lui être un concurrent de poids.Il demanda à Frances de lui fournir 15.000 exemplaires de “Gun Moll For Hire” au lieu des 10.000 habituels, et rajouta une demande pour 5.000 exemplaires de plus pour chacun des deux premiers titres.

“Gun Moll For Hire” et les réimpressions furent livrées à Reiter… qui demanda 20.000 exemplaires pour le prochain titre de Hank Janson : “No Regrets For Clara”.


A gauche “Gun Moll For Hire”, paru en décembre 1948.; à droite “No Regrets For Clara”, paru en mars 1949 - respectivement 3ème et 4ème titre des “aventures” de Hank Janson. Déjà l’annonce de 100.000 exemplaires vendus


« J’avais rogné sur mes bénéfices pour donner à Julius [Reiter] un tel discount, – dira Frances plus tard – mais je ne courais aucun risque et mon capital de base était sécurisé. En plus, j’empochais mes droits d’auteur et mon petit bénéfice d’éditeur. Je n’avais besoin d’employer ni commercial, ni conditionneur pour les colis, et un petit bureau dans mon appartement de l’avenue de Shaftsbury me servait d’agence. Mon seul problème était de livrer à Julius un livre tous les trois mois. Si les coupures d’électricité ou les pannes d’impression retardaient mes livraisons à six mois mon pari ne pourrait être tenu. »

Un des coups de coeur qu’avait pu se payer Frances lorsqu’il faisait tourner les éditions Pendulum avait été une voiture…Avec maintenant Hank Janson, distribué avec succès par Reiter/Gaywood, et les ventes qui atteignaient le double de ses prévisions, Frances décida de prendre quelques vacances… en Espagne, pays qui l’attirait depuis son engagement politique des années 30 et sa sympathie pour les résistants au Franquisme.
Là-bas, enchanté par le petit village de Rosas sur la Costa Brava – village où il échoua un peu par hasard -, il décida d’y louer un appartement au dernier étage d’une résidence d’été en reconstruction…


(à suivre…)
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Informations tirées des livres de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” – édition anglaise de 2004 parue chez Telos, et “The Mushroom Jungle”ZEON Books 1ère édition de 1993. Les propos recueillis et rapportés par Steve Holland dans ses ouvrages, et reproduits entre guillemets tout au long du texte mis en ligne ont été traduits de l’anglais par TontonPierre.
Sauf indication contraire, les reproductions de couvertures incorporées à l’étude sont issues du Web.

Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Mer 14 Oct - 19:45

Passionnante étude, dont on attend avidement la suite du feuilleton

En attendant le prochain épisode, peut-on faire le point sur les dates ? Si j'ai bien suivi, le pseudonyme de Hank Janson apparaît en 1946 avec When Dames Get Tough, mais la note 1 indique
Citation :
“la période classique Hank Janson” [...] s’étend sur cinq “séries” - 50 titres publiés entre 1948 et 1953
Pourquoi cette période "classique" ne commence-t-elle pas en 1946

(Question du cancre du dernier rang )
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Mer 14 Oct - 22:09

Au sujet des raisons pour borner cette période dite "classique", entre 1948 et 1953 :
- 1948 : C'est l'année où Frances écrivit ses premiers "grands" romans fiction (environ 128 pages... mais imprimés serré !). En 1946, c'était trois nouvelles que Frances avait publiées (entre 20 et 30 pages), et qui ne furent pas comptabilisées- par sa maison d'édition et par son distributeur - dans la collection des Hank Janson (selon les 4èmes de couvertures de la série)
- 1953 : Ce qu'écrivit Frances pour Alexander Moring (voir 10è partie de l'étude - à venir), à partir de 1955 et après le retentissant procès de début 1954 (voir 9è pertie de l'étude) était devenu plus sage... et les couvertures aussi.... et la numérotation de la collection démarrée en 1948 ne fut plus poursuivie après 1953.
Cela sera vu dans les prochains chapitres à mettre en ligne.

Frances aura certainement l'envie de retravailler ses trois premières nouvelles de 1946 en une seule histoire, mais sans aller jusquau bout, de même qu'il combinera les intrigues de "Scarred Faces " et de "Kitty Takes The Rap" dans le 10è numéro de la collection "classique" des Hank Janson, intitulé "Gunsmoke In Her Eyes"....

à suivre donc.... vendredi prochain

TontonPierre
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 16 Oct - 15:03

Comme annoncé, voici la mise en ligne de la troisième partie de l'étude sur la période "classique" de Stephen Frances - alias Hank janson.
Cette partie traite notamment des écrits de Frances sous différents pseudos et pour différentes maisons d'éditions au tout début des années 50, pour élargir son champ d'action... et ses revenus...

Bonne lecture

TontonPierre
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 16 Oct - 15:04



Frances avait écrit les romans de Hank Janson à la première personne, décrivant les situations comme s’il les avait réellement vécues lui-même – une forme de réalité fiction qui avait prouvé son succès avec “One Man In His Time”. Il avait la conviction, depuis le début, que Hank Janson serait une réussite. Evidemment, il était aidé dans cette conviction par la réalité du contexte éditorial du roman populaire en 1948 : si un éditeur arrivait à distribuer ses titres chez les détaillants, il les vendait ; toute l’astuce était de pouvoir distribuer les ouvrages, et Frances avait résolu le problème à travers son agrément avec Julius Reiter et sa Gaywood Press.

Les histoires étaient violentes, au rythme soutenu, et écrites dans un style qui se lisait facilement. Janson était un voyageur qui arpentait l’Amérique, rencontrant aventures et jolies filles en égale quantité. L’Amérique imaginaire qu’il traversait était en contraste absolu avec l’Angleterre encore en proie aux restrictions. Dans une interview, Frances raconta que la substance de base pour écrire ces romans fut tous les films américains de gangsters et de crimes qu’il pût voir, ainsi que le livre “Inside U.S.A.” de John Gunther (1947) et quantité de guides de voyages.

Frances essaya de se mettre lui-même dans la peau de son héros : « Je m’attachais à faire de Hank Janson un personnage existant réellement. Je lui inventais une bibliographie qui fut considérée par beaucoup comme véridique. […] En écrivant, je m’identifiais totalement à Hank Janson. Si une fille prenait une paire de claques, mes joues me brûlaient. S’il sentait le poisson frit, j’avais la nausée et s’il était complètement vanné, je devais avaler un whisky cul sec pour me requinquer. De même que je pouvais m’identifier de la tête aux pieds à Hank Janson, mes lecteurs trouvaient peut-être aussi matière à s’identifier à leur héros, comme les lecteurs aiment à le faire. »

Les titres de Janson se vendaient bien, et Reiter demanda à Frances de monter les tirages à 30.000 copies, au rythme d’un titre toutes les quelques semaines plutôt que tous les trois ou quatre mois. Cette demande coïncida avec le marché conclu par Frances avec Bernard Kaye et sa Rotaprint Agency pour lui écrire des romans. Aux alentours de mars 1949, Frances avait publié une nouvelle, “Dead Men Don’t Love”, sous le pseudonyme de Link Shelton, pour explorer des voies pour augmenter sa production. Son désir de retourner en Espagne nécessitait d’élargir son champ d’action, les gains issus des romans écrits pour les autres lui permettant de payer les tirages sans cesse plus importants des nouveaux Hank Janson et des rééditions des anciens titres sans empiéter sur ses gains futurs.

Le premier titre pour l’agence d’impression de Bernard Kaye fut “Get Me Headquarters”, un titre bâclé qui n’avait que peu du lustre de Janson, et pour lequel il utilisa le pseudonyme de Ace Capelli. Dans les quelques mois qui suivirent, Frances continua à écrire des romans pour Kaye et sous la même signature des titres comme “This Man Is Death” (un écho au Hank Janson du début), “Chicago Payoff” et “Death At Every Door”. Ces titres étaient caractéristiques de la tradition grandissante du roman de gangsters britanniques, comportant des caïds, des kidnappings et du racket. Le meilleur de cette série fut probablement “Never Turn Your Back”, dans lequel le journaliste Wayne Martin se planta sur un meurtre-suicide “hot”, et fut contraint de quitter le “Kansas Chronicle”, et le Kansas lui-même.


Le cinquième titre des aventures de Hank Janson : “Smart Girls Don’t Talk” - avril 1949 – déjà 200.000 exemplaires. Ce titre sera publié aux US par Flamingo Publications comme le premier (et unique) numéro du “Hank Janson Detective Magazine” en 1951.
Un premier titre sous la signature de Ace Capelli : “Get Me Headquarters”, pour augmenter ses gains et payer les tirages sans cesse plus importants, et le huitième titre de Hank Janson : “Honey, Take My Gun”…. « Hank Janson’s toughest & suckest gangster story », paru en juillet 1949 et qui, vendu en 1949 aux éditions américaines de Checkerbook juste avant la faillite de cette maison, verra le jour au Canada aux éditions Pony Books sous le titre “Orchids To You”.


Pour réussir à produire autant de romans et à un rythme aussi soutenu, aussi bien sous la signature de Ace Capelli que celle de Hank Janson, Frances utilisa un dictaphone (ancêtre du magnétophone, d’abord sous la forme de cylindre de cire, puis sous forme de disques de papier recouverts d’une couche magnétique). Il développa une méthode personnelle d’écriture et de travail :

« Je ne pense pas que le sculpteur achète un gros bloc de marbre et commence à ciseler son sujet par le petit doigt. J’imagine qu’il débute par de grandes entailles pour obtenir une forme grossière, et qu’il continue patiemment par petits éclats jusqu’à obtenir la forme désirée. C’est comme ça que je travaille sur un livre. Je dicte à chaud et sans chercher. J’y mets tout ce qui me vient à l’esprit. Souvent les phrases n’ont pas de sens, mais les mots évoquent une certaine émotion. Je peux dicter beaucoup plus rapidement que je pouvais taper à la machine, et je peux ainsi avoir très vite un enregistrement d’un roman à l’état brut. Après, quand je récupère l’ensemble du texte retranscrit par un dactylographe, je fais des coupes sombres, j’élimine sans pitié, je modifie, j’adapte, je corrige et je prépare le texte jusqu’à temps que je pense pouvoir envoyer la version définitive à la frappe »

La parution des romans devint pratiquement mensuelle, et Frances s’arrangea malgré tout pour trouver du temps pour écrire d’autres romans que la série des Hank Janson. Pour Bernard Kaye, il écrivit “Not Easy To Die” sous la signature de Steve Markham (édité par Art Publicity) et “Lady Take The Chair” sous la signature de Dave Steel chez K Publications.


Lilies For My Lovely” – 6ème titre : à gauche, édition originale de mai 1949, au centre, 12ème réédition en 1953 avec utilisation d’une couverture de Heade peut-être initialement prévue pour la couverture originale de “Milady Took The Rap”de septembre 1951, et non utilisée pour cause d’auto-censure. A droite, dernière réédition chez Telos en mars 2006



“Blonde On The Spot” – La suite de “Lilies For My Lovely”. Edition originale de juin 1949 (déjà 250.000 Hank Janson vendus !), 12ème édition en 1953 (8.000.000 de livres vendus) le prix étant passé de 1/6 à 2’-, et réédition chez Telos en mars 2006


Il céda le second western qu’il avait écrit sous la signature de Tex Ryland, “A Grave For A Coyote”, pour son entrée aux Editions Scion, managées par Binyimin Zeev Immanuel, qui mettait en place en 1950 toute une écurie de signatures maison pour des histoires de gangsters, dans laquelle se trouvaient Al Bocca, Sammy Coburn, Ross Angel, Brad Shannon, Danny Spade, et Duke Linton, qui fut le plus marquant. “Shrouds Are Cheap” sortit sous la signature de Duke Linton, et fut le premier des huit titres de chez Scion signés Duke Linton et dans lesquels Frances fut impliqué. “Seulement” impliqué car, bien que la signature eût été créée par Frances (il avait eu plus tôt un personnage du nom de Chuck Linton dans un de ses romans), les histoires furent ébauchées par d’autres : « Immanuel voulait que j’écrive pour lui, se rappela Frances ; je n’avais pas le temps. A ma place, je fis écrire d’autres romanciers, revisitais les manuscrits, et les vendais à Scion ».

Cette période de “pisse-copie” (“slashing and editing” comme la décrivit Frances) fut expédiée en un temps record, les 8 titres de Duke Linton sortant sur une période de 7 mois, mais avec suffisamment de saveur “Janson” pour que le Directeur littéraire de Scion, Maurice Read, fût convaincu qu'ils avaient bien été écrits par Frances. Il est impossible de dire avec certitude qui écrivit les ébauches des récits, mais à l’évidence Geoffrey Pardoe fut un de ceux-là, un ami de Frances qui, selon ce dernier, était « un auteur rapide qui pondait des romans de gangsters à un rythme effréné », et qui, selon les affirmations de Frances contre Read, fut bien impliqué dans les scénarios et l’écriture des premiers Duke Linton.

Les romans signés Linton étaient écrits dans un style alors adopté par tous les auteurs de romans noirs britanniques et qui, sous l’influence de W.R. Burnett, remplissaient leurs écrits de gangsters et de leurs “poupées”. Il arriva une fois que l’influence de W. R. Burnet fut si forte… que le passage central de “Bury Me Deep”, un fric-frac dans un hôtel, fut une recopie presque mot à mot du roman “High Sierra”, et aboutira au même dénouement.


“Lips Of Death” et “Too Late For Death”, respectivement second et sixième des huit titres attribués à Stephen Frances / Hank Janson sous la signature de Duke Linton - 1950


Durant les derniers mois de 1949, Frances dictait ou reprenait un livre toutes les deux semaines ; en même temps, il devait s’occuper de sa maison d’édition. C’était encore un travail quotidien que de trouver du papier et d’aller à la chasse aux imprimeurs qui devaient se démener pour tirer les 30.000 exemplaires des nouveaux titres de Hank Janson et les réimpressions de tailles diverses des précédentes éditions, les sortir des presses et les livrer à Julius Reiter. Frances s’était fait réserver plus d’une demi-douzaine de sociétés dans Londres…

« J’avais un nouveau manuscrit prêt pour l’impression, mais mon imprimeur en était encore à fournir tant bien que mal la commande de 30.000 que je lui avait faite quatre mois auparavant, se rappela Frances ; si j’utilisais le même imprimeur, ça m’aurait pris cinq mois avant de produire le prochain livre. J’étais encore entrain de chercher ailleurs pour un autre imprimeur quand Reg Carter me téléphona. »


“Gunsmoke In Her Eyes” - septembre 1949, avec une couverture de Philip Mendoza signée Ferrari ; “Angel Shoot To Kill” - octobre 1949 ; “Slay-Ride For Cutie” - novembre 194, et “Sister, Don’t Hate Me” - décembre 1949… déjà le demi million d’exemplaires vendus !

A l’inverse de beaucoup d’imprimeurs de romans de poche, qui utilisaient des presses à plat (sur lesquelles une grande feuille de papier était positionnée, puis imprimée, puis retirée et remplacée par une autre feuille), l’imprimerie The Racecourse Press, dont Reginald Herbert Carter était le représentant commercial, avait une presse rotative (sur laquelle l’alimentation provient d’un rouleau de papier, l’impression étant réalisée simultanément sur les deux faces et à vitesse élevée). L’impression d’un roman de poche n’était qu’une question d’heures… The Racecourse Press cherchait du travail. Le rationnement en papier imposé en 1940 allait être levé, et les éditeurs n’allaient plus être limités par un quota. Les éditeurs de romans de poche se préparaient à inonder le marché, mais peu d’entre eux avaient des volumes d’impression compatibles avec l’impression sur rotatives. Modern Fiction, chez qui les romans de gangsters de Ben Sarto et de “Griff” se vendaient à 50.000 exemplaires, avaient leurs propres presses d’impression ; la plupart des autres éditeurs avaient des volumes d’impression de 25.000 voire moins. Hank Janson tirait à des volumes compatibles avec les rotatives, et Carter demanda à pousser les tirages à 40.000 exemplaires. Frances négocia à 35.000 pour son prochain Hank Janson “Torment For Trixy”. Carter souhaitant imprimer plus d’un livre à la fois (l’idéal étant cinq titres simultanément à l’impression), Frances partit s’enfermer… pour dicter à perdre haleine. « Pendant que ma copie définitive d’un livre était tapée pour l’imprimeur, j’étais déjà bien avancé dans un autre titre, les premiers chapitres ayant été tapés et m’ayant été retournés pour correction. Incroyable, mais en jonglant avec les rééditions, nous arrivâmes à l’objectif d’imprimer cinq titres simultanément.
J’avais le sentiment d’être plus une usine qu’un auteur. »



Les trois premiers titres sortis en 1950 : “Some Look Better Dead” - janvier 1950. Ce titre sera réédité d’abord en 1962 chez le nouveau propriétaire des droits de Hank Janson, Roberts & Vinter sous le titre “Play It Quiet” puis en novembre 2003 chez Telos, avec la couverture originale. “Sweetie, Hold Me Tight” paraîtra en février 1950. “Torment For Trixy”, paru en mars 1950, sera le premier titre à être imprimé sur une rotative et fera décoller les tirages habituels de Frances…

(à suivre…)
TontonPierre

Informations tirées des livres de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” – édition anglaise de 2004 parue chez Telos, et “The Mushroom Jungle”ZEON Books 1ère édition de 1993. Les propos recueillis et rapportés par Steve Holland dans ses ouvrages, et reproduits entre guillemets tout au long du texte mis en ligne ont été traduits de l’anglais par TontonPierre.
Sauf indication contraire, les reproductions de couvertures incorporées à l’étude sont issues du Web.

Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 23 Oct - 17:08

Enfin un peu de temps pour lire notre feuilleton préféré, toujours aussi intéressant et bien illustré...
A défaut de passer pour un rabat-joie , voici deux petites remarques/suggestions de modification du texte :

Citation :
Je lui inventais une bibliographie qui fut considérée par beaucoup comme véridique. […]
--> ou plutôt : une biographie (?)

Citation :
Les titres de Janson se vendaient bien, et Reiter demanda à Frances de monter les tirages à 30.000 copies,
--> "à 30 000 exemplaires" serait mieux en français
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 23 Oct - 22:00



Coté affaires, Frances n’avait jamais été en meilleure position. Ses soucis de papier pour l’impression avaient disparu ; Carter collectait les manuscrits terminés, les imprimait et les livrait sans délai. Lui et Frances commencèrent à développer un lien solide d’amitié. Julius Reiter avait la responsabilité de la distribution, et les ventes des Janson monta de 35.000 à 40.000 puis 50.000 ; les premiers titres, depuis longtemps épuisés et très demandés, furent aussi réédités.


Plutôt une usine qu’un auteur… tel était le sentiment de Frances en 1950…
Ci dessus : “Don’t Dare Me Sugar” – mai 1950 ; “Tle Lady Has A Scar” – juin 1950 ; “The Jane With The Green Eyes” – juillet 1950 et “Lola Brought Her Wreath” – septembre 1950 (cliché from “Reginald Heade – England’s Greatest Artist” – Steve Chibnall – Books Are Everything – Richmond – USA - 1991.)

Ci dessous : “Lady Toll The Bell” – octobre 1950 ; “The Bride Wore Weeds” – décembre 1950 ; “Don’t Mourn Me, Toots” – janvier 1951 et “This Dame Dies Soon” – février1951 (from “Reginald Heade – England’s Greatest Artist” – op. cit.). Ce dernier titre termine la “seconde série” des aventures de Hank Janson


Frances put alors arrêter d’écrire pour Bernard Kaye et pour Scion ; le dernier Duke Linton de Frances parut en septembre 1950, quelques mois après son dernier Ace Capelli, mais les deux signatures continuèrent à être exploitées par d’autres romanciers.

Début 1951, Frances écrivit et publia “No Flowers For The Dead” sous le pseudonyme de Max Clinten - peut-être pour tester le marché d’une nouvelle série de romans sans Hank Janson ; le résultat ne fut vraisemblablement pas à la hauteur, car les futurs romans, même ceux où le personnage de Janson ne figurait pas, sortirent sous la signature de Hank Janson.


ci-dessus : “No Flowers For the Dead” – signé Max Clinten. Peut-être pour tester le marché d’une série de romans sans Hank Janson ? (from “The Trials…” – op. cit.)

Une autre tentative eut un résultat similaire. Au printemps 1951, Frances essaya de lancer un magazine “Underworld” avec Hank Janson comme marque d’éditeur.

L’idée était de publier une collection trimestrielle d’histoires courtes qui, grâce au nom et au logo de Hank Janson, aurait dû se vendre aussi bien que les romans de Janson, mais au prix pour l’éditeur d’une seule histoire avec Janson. Les histoires, issues d’auteurs variés, parurent sous diverses signatures créées par Frances : Ace Capelli, Max Clinten et Dave Steel. Brad Shannon, qui écrivait régulièrement dans la collection “gangsters” de Scion (“the best of the bunch” selon Frances), contribua aussi pour une histoire via une demande de Frances à Maurice Read, directeur chez Scion (Shannon était le nom de plume de Victor Joseph Hanson, qui avait repris l’écriture des romans signés Duke Linton).

Une nouvelle de Hank Janson écrite par Frances “Double Double-Cross” intronisait le premier numéro, mais le public ne suivit pas et, bien qu’il s’en fût vendu 30.000 exemplaires, ce n’était somme toute que la moitié d’un nouveau roman de Hank Janson.

Un second numéro ne sortit qu’un an plus tard, édité par New Fiction Press, qui avait alors repris la publication des Hank Janson, et comporta lui aussi une nouvelle signée Hank Janson : “The Dead Guy”.

Un troisième numéro fut annoncé, prévoyant une autre nouvelle de Hank Janson titrée “It Only Happens Once”, mais ne parut jamais. “It Only Happens Once” demeure une histoire “perdue”…

Les deux nouvelles écrites par Frances pour les deux numéros d’Underworld furent rééditées sous une forme “light” à côté d’une nouvelle histoire - “Kill This Man”, titre qui donna son nom à une anthologie publiée chez Alexander Moring Ldt en 1958 ; elles réapparurent dans leur forme originelle dans la réédition Telos de 2004 de “When Dames Get Tough – with Scarred Faces & other rarities”.


Les deux numéros parus en 1951 et 1952 de la revue se voulant trimestrielle et intitulée “Underworld”, avec des illustrations internes de Philip Mendoza. Un troisième numéro annoncé ne parut jamais. Les deux nouvelles écrites par Frances “Double-Double Cross” et “The Dead Guy” seront intégrées sous une forme allégée dans l’anthologie “Kill This Man” sortie chez Alexander Moring en 1958, et seront rééditées dans leur forme originelle, avec les illustrations incorporées dans le texte, dans la compilation “When Dames Get Tough with Scarred Faces & other rarities” parue chez Telos en 2004 (illustrations intérieures from“When Dames Get Tough…” - éditions Telos de mai 2005)
Pour l’anecdote, signalons que l’histoire attribuée à Brad Shannon dans le premier numéro n’est pas la bonne.


Sur le plan personnel, les choses étaient moins roses pour Frances. D’une part le couple qu’il avait formé en épousant Gwyneth Mary Pratt le 24 juin 1947 s’était rapidement séparé et Frances songeait au divorce ; et d’autre part sa mère était tombée malade. Ayant à moitié convaincue cette dernière qu’il serait bon pour elle de vivre en Espagne, il alla faire un tour à Rosas pour voir comment avançaient les travaux de son appartement, en emportant avec lui le nouveau modèle portable de dictaphone de chez Emidicta…Les travaux étaient presque terminés.

Frances rentra en Angleterre avec un jeu de disques pour le prochain roman de Hank Janson. Sur la route qui le conduisait depuis la côte jusqu’à Londres, il tomba sur un placard publicitaire d’un vendeur de journaux qui annonçait : “Lisez Hank Janson – l’auteur le plus vendu du sud de Londres” C’était la première fois que Frances s’entendait dire que Hank Janson était devenu un “best-seller” réputé.


Printemps 1951 : début de la troisième série avec quatre romans sans Hank Janson : “Baby, Don’t Dare Squeal” – mars 1951, “Death Wore A Petticoat” – avril 1951 ; “Hosty – You’ll Be Chilled” – mai 1951 et “It’s Always Eve That Weeps” – juin 1951.
Les couvertures voient le prix de 1/6 surimprimé par un nouveau prix de 2/. Les tirages des Hank Janson augmentent… les prix aussi !

Jusque là, S D Frances, la maison d’édition créée par Frances, s’était occupée de tous les livres signés Janson. Cependant, Reg Carter, ayant pris conseil auprès d’un financier, proposa d’acheter une société en faillite avec énormément de pertes pour publier Hank Janson, ce qui pouvait rapporter d’importantes exonérations de taxes. Il savait aussi où se procurer une autre rotative et, avec Julius Reiter à la distribution, l’ensemble de la société pourrait être autonome, engrangeant les profits de l’éditeur et ceux de l’imprimeur. C’était justement ce que Frances avait voulu éviter depuis la création de sa micro-entreprise d’auteur de fictions, mais l’ambitieux Carter prétendait que c’était précisément ce type de business qu’il pouvait manager.
« J’ai fait une erreur. Quand Carter me fit cette proposition, j’avais la maîtrise totale d’un très simple, mais très lucratif business. J’étais un homme-orchestre. J’écrivais un livre, je payais un imprimeur qui livrait les livres terminés à un distributeur, et je recevais un chèque. Tout ceci marchait comme sur des roulettes… Avec un volume de vente de 100.000 exemplaires pour chaque nouveau titre, et des réimpressions continuelles des anciens titres, Hank Janson était un “Success Story”. Mon comptable me disait que mon petit business, individuel, fonctionnant depuis mon petit Bureau de Shaftsbury Avenue, affichait un profit bien supérieur à ceux de ses autres clients qui employaient deux ou trois cents salariés.
« Sur le papier, j’étais financièrement nanti. Mais pas dans la réalité. J’avais réussi par mes propres moyens. Depuis le début, j’avais réinvesti tous mes gains dans le business pour payer les tirages sans cesse croissants des titres à paraître. Cependant, il y avait un peu de cash que je pouvais soustraire du business qui me permettait d’avoir un train de vie un peu meilleur qu’auparavant. Je pouvais maintenant inviter quelques petites amies à dîner, payer par chèque, rentrer chez moi en taxi et mettre à disposition de mes invités un bar bien approvisionné. « Je me fiais implicitement à Carter. Il loua une maison dans le Sussex où il habitait et où il y aurait toujours une place pour moi si je renonçais à mon appartement de Shaftsbury Avenue pour résider définitivement en Espagne.
« Avec l’aide d’un comptable, Carter fonda une nouvelle société. Je vendis à Carter toutes mes parts dans mon affaire Hank Janson pour £4.000. Je suppose que je n’avais pas compté les 30.000 livres et les dettes qu’il me devait, ce qui rendait cette vente absurde. Sauf que Carter et moi avions un accord de gré à gré. Hank Janson était à la base de tous les profits, et, en tant qu’auteur, le bon sens me disait que si j’abandonnais toutes mes autres responsabilités, je pourrais me concentrer sur l’écriture. »


En 1951, les éditions Poetry de Londres, initialement créées pour publier un magazine de poèmes de Thurairajah Tambimuttu, un poète de Ceylan arrivé à Londres en 1938 pratiquement sans le sou, et rachetées ensuite pour publier des livres de vers et de romans, avaient amassé des dettes considérables et, le 8 août 1951, Reg Carter racheta la société. Le prochain roman de Hank Janson “Frails Can Be So Tough”, sera publié sous le nom de la nouvelle société : New Fiction Press.

C’est à ce moment-là que les mesures de censure commencèrent à faire parler d’elles …

(à suivre…)
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Informations tirées des livres de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” – édition anglaise de 2004 parue chez Telos, et “The Mushroom Jungle”ZEON Books 1ère édition de 1993. Les propos recueillis et rapportés par Steve Holland dans ses ouvrages, et reproduits entre guillemets tout au long du texte mis en ligne ont été traduits de l’anglais par TontonPierre.
Sauf indication contraire, les reproductions de couvertures incorporées à l’étude sont issues du Web.

Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 23 Oct - 22:07

pour répondre à Maciste, sur la "bibliographie" fictive de Hank Janson...

Oui, il s'agit bien d'une biographie... et pas d'une bibliographie. Cette biographie sera présentée dans une prochaine mise en ligne et était régulièrement présentée en dernière page des ouvrages Hank Janson - juste avant la 4ème de couverture...

Mea Culpa !

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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 30 Oct - 20:45

édition du 27 novembre 2009 avec l'ajout de la couverture de "Milady Took the Rap" - édition originale de septembre 1951


Durant 1950 et tout 1951, des points de vente furent perquisitionnés et des ordres de destruction furent donnés contre des revues et des livres saisis par la Police. Quelques poursuites furent engagées avec succès contre des éditeurs de magazines, tel Utopian Press, pour ses revues de photos de nus et pour ses magazines qui en faisaient la publicité, et qui fut condamné à une amende de £100. Un libraire reçut une amende de £10 par titre pour 5 magazines et une amende de £20 pour chacun de 4 autres titres. Dans la majorité des cas, le juge ordonnait simplement la destruction des ouvrages saisis sans engager de poursuites. Plus capital pour les éditeurs de Hank Janson fut la saisie d’une quantité de romans avec des couvertures “sexy” ; les officiers de police, incompétents pour pouvoir caractériser un ouvrage obscène, rassemblèrent tout ce qui leur semblait judicieux pour être sûr de ne pas en oublier. Il n’appartenait pas à la Police de porter un jugement sur l’obscénité ou non des ouvrages, mais simplement de rassembler ceux qui en portaient le signe, et l’ordre de destruction engageait le revendeur à aller en justice pour défendre les livres – ce qui revient à dire que le revendeur, présumé coupable, devait prouver son innocence. Beaucoup de revendeurs, pesant le pour et le contre entre les coûts de procédure et ceux de quelques douzaines de livres et de revues, choisissaient de laisser détruire leur stock.
En avril 1951, Archer Press représenté par son propriétaire Raymond Locker passa au tribunal de Stoke-on-Trent et eut une lourde amende pour la publication de “Make Mine A Corpse” de Michael Storme, “Spoiled Lives” de Pierre Flammeche et “You’re Dead, My Lovely” de Gene Ross. C’était la première fois qu’un éditeur de polars était épinglé, et deux des trois livres avaient une couverture de Heade. Le mois suivant, un libraire de Blackburn recevait une amende de £5 pour la vente de “Gunsmoke In Her Eyes” de Hank Janson

Quand Reg Carter reprit la publication des Hank Janson, il consulta des juristes, car il était difficile de définir précisément ce qu’était une publication obscène, et il leur demanda de donner leur avis sur les manuscrits avant leur édition…pour s’entendre dire qu’ils ne pouvaient être garantis contre des risques ou non de poursuites !
Julius Reiter, lui aussi, était embarrassé. Il alla à Scotland Yard pour demander conseil sur le comment éviter “d’acheter” des livres qui pouvaient être saisis…pour s’entendre dire que Scotland Yard ne “savait pas” ce qui était obscène : « Nous n’avons pas à le savoir. Notre job est simplement de saisir les livres qu’on nous dit de saisir »

Les juristes ne pouvant donner aucune recommandation, Carter décida de ne pas prendre de risques, et les trois premiers titres de Janson qu’il publia sous le label New Fiction Press “Frails Can Be So Tough”, “Milady Took The Rap” et “Women Hate Till Death” – eurent leur couverture initiale remplacée par une couverture couleur unie avec juste la silhouette de Janson et le prix. Les couvertures des deux titres suivants – “Broads Don’t Scare Easy” et “Skirts Bring Me Sorrow” – furent partiellement surimprimées avec une encre argentée pour cacher l’illustration d’origine.


Frails Can Be So Tough” – le 29ème Hank Janson et premier publié par New Fiction Press - août 1951. La couverture de Heade – à gauche (from “Reginald Heade…” op.cit.) fut remplacée au dernier moment par une couverture unie (et un prix passant à 2’-) Cette couverture sera utilisée – mais surchargée par une encre argentée - pour la réimpression de “Death Wore A Petticoat” un peu plus tard la même année. La réédition chez Telos en 2004 fera réapparaître la couverture originale prévue en 1951.


“Milady Took The Rap” – septembre 1951. L’illustration originale de Heade (à gauche), qui fut remplacée par une couverture unie, sera utilisée en version surchargée par une encre argentée pour une réédition de “The Jane With The Green Eyes”, et, avec un retitrage et un prix à 2’- pour la 12ème réédition de “Lilies For My Lovely”.


“Women Hate Till Death” – octobre 1951. L’illustration prévue fut peut-être la couverture alternative de “Sadie, Don’t Cry Now”. La réédition de 2003 chez Telos utilisera la couverture de “Woman Trap”, initialement prévue pour un roman de la cinquième série à paraître fin 1953, et qui ne sera pas publié du fait des soucis judiciaires de la société d’édition.


“Broads, Don’t Scare Easy” sera publié en novembre 1951 avec la couverture prévue recouverte partiellement d’encre argentée. Les rééditions ultérieures réinstalleront la couverture d’origine, y compris celle de 2005 parue chez Telos (cliché couverture initiale from “Reginald Heade…” op. cit.)


La couverture prévue pour “Skirts Bring Me Sorrow” (à gauche – from “Reginald Heade…” op. cit.) sera partiellement recouverte d’une encre argentée pour sa parution en décembre 1951. Le titre ne sera jamais réédité avec la couverture prévue à l’origine avant la réédition chez Telos en 2003

En peignant les couvertures “autocensurées” de ces deux derniers titres, Heade avait continué à alimenter le risque de problèmes liés aux couvertures érotiques, et avec “Broads Don’t Scare Easy”, c’était la dernière fois qu’il montrait une fille simplement vêtue de ses dessous et de ses hauts talons, sa poitrine à peine couverte par sa main. Dans le climat des descentes de Police grandissantes, Carter voulut se préserver des ennuis potentiels : bien que les couvertures illustrées réapparurent pour les deux titres suivants – “Sadie, Don’t Cry Now” et “The Filly Wore A Rod” – il fut demandé à Heade de retoucher légèrement son illustration pour le premier titre, afin de réduire l'importance de la nudité présentée, et de refaire une nouvelle couverture moins érotique pour le deuxième titre.


“Sadie, Don’t Cry Now”. La couverture initialement prévue (from “Reginald Heade…” op. cit.) sera partiellement recouverte d’une encre argentée pour les rééditions de “Don’t Dare Me, Sugar” et de “Lola Brought Her Wreath”. Au centre, la première édition de janvier 1952 (from "Paperbacks USA & UK Vol 2 - Maurice Flanagan - Zeon Books - 1997). A droite, une réédition très rare avec une nouvelle couverture... peut-être celle prévue pour l'édition originale de "Women Hate Till Death" (from "Reginald Heade..." - op. cit.).


“The Filly Wore A Rod” – février 1952. Il fut demandé à Heade de concevoir une autre illustration que celle de gauche, moins… sexy..

Le fait de remplacer les illustrations par des couvertures unies fut donc adopté pour les éditions originales des nouveaux titres précédemment mentionnés aussi bien que pour les réimpressions des anciens titres, ce qui fit qu’un grand nombre de livres (plusieurs centaines de mille) apparurent avec seulement la silhouette de Janson.


Quelques exemples de réimpressions avec une couverture représentant la silhouette de Hank Janson dessinée par Philip Mendoza en 1948

Mais, comme le montrera la suite, cette action d’autocensure ne servit pas à grand chose…, car ce sera le titre “Milady Took The Rap”, pourtant sans illustration, qui fera atterrir Carter en justice…



(à suivre…)
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Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”


Dernière édition par pcabriotpi83 le Sam 28 Nov - 12:09, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Mer 4 Nov - 23:14

L'édition datée de ce jour du message précédent mis en ligne le 30 octobre est justifiée par la prise en compte de nouvelles informations concernant les couvertures présentées.

A vendredi pour la suite.
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 6 Nov - 20:43


Dès le départ, les illustrations des couvertures des romans de Hank Janson furent magnifiques. Quand Frances se mit en quête d’un illustrateur pour “This Woman Is Death”, il eut la bonne fortune de découvrir Reginald Cyril Webb, plus connu sous son nom d’artiste Heade. Les 10.000 exemplaires du livre, illustré d’une blonde séduisante vêtue d’une robe noire moulante et de gants noirs, comme Rita Hayworth présentée en femme fatale dans Gilda, furent vite épuisés et l’artiste fut retenu pour les autres couvertures des séries de Hank Janson durant les cinq années suivantes, à raison d’une par mois.

Il ne serait que justice de lui consacrer un topic sur le forum Litt’ Pop’ dans la catégorie des Illustrateurs.

Né en 1901, encouragé dès son plus jeune âge pour ses talents artistiques, dispensé de partir à la guerre de par son âge et sa mauvaise vue le contraignant au port continu d’une paire de lunettes… et marié à une ravissante jeune femme, Lily, qui lui servait souvent de modèle, Heade variait les styles selon le sujet traité… Mais c’est certainement pour les romans de charme (Romances) qu’il fut le meilleur. Heade était habile pour dessiner de superbes créatures qu’il dotait de grâce et d’attrait ; son application à travailler les plis des étoffes soyeuses des robes et des lingeries et les détails des coiffures n’avait d’égale que sa capacité à créer l’atmosphère qui s’accordait avec le sujet de ses tableaux. Bien que ces femmes “fragiles” soient une dominante des couvertures des Hank Janson, elles ne sont jamais totalement isolées. Ou elles regardent de côté vers une menace certaine mais en dehors de la vue du lecteur, ou elles sont apeurées par une soudaine intrusion, ou encore elles sont atterrées par le supplice qu’elles endurent. Bien que le bondage joue un certain rôle dans les couvertures de Janson (“Blonde On The Spot”, “Torment For Trixy”), et semble exercer une certaine fascination sur les collectionneurs, les femmes de Heade contrôlent souvent la situation : la détentrice du revolver de “Gun Moll For Hire” ou la blonde agressive de “Honey, Take My Gun” en sont deux bons exemples. Les couvertures de Heade sont érotiques mais jamais statiques ; elles évoquent toujours le sentiment que quelque chose va se produire.


Trois couvertures de Reginald Heade de 1947, juste avant son partenariat avec Stephen Frances pour les illustrations des romans de Hank Janson (from “Reginald Heade – England’s Greatest Artist” – op. cit.)

Alors que beaucoup d’artistes fournissaient des illustrations de revolvers encore fumants et de femmes légèrement vêtues dans des poses issues de leur propre imagination, et se contentaient d’ajouter le titre du livre sur leur travail, Heade travaillait à partir d’un briefing détaillé que lui donnait Frances :
« Je n’ai jamais rencontré Heade – se rappela Frances. J’ai travaillé avec lui à travers son agent. Je pensais que les couvertures avaient leur importance et je leur consacrais la plus grande attention. Je décrivais en détails ce que l’artiste devait représenter, donnais les détails de l’habillement, les expressions du visage, la couleur, l’arrière plan et l’atmosphère. J’envoyais à Heade des découpages que j’avais faits dans des magazines d’illustrations ou de photos qui l’aideraient à transcender mes idées. Il me semblait qu’une liaison télépathique entre Heade et moi existait... Une fois finis, ses dessins étaient exactement comme je les avais vus dans mon esprit. »
(from “Reginald Heade – England’s Greatest Artist – de Steve Chibnall (Books Are Everything – 1991), citant “Whatever happened to Hank Janson-Stephen Frances” – bibliographie inédite).




Un coup de téléphone dans les premières heures du 28 novembre 1951 avertit Frances du décès de sa mère, terrassée par un cancer. En juillet 1952, son divorce d’avec sa femme fut prononcé. Frances décida alors de partir s’installer en Espagne ; son appartement était prêt. Une jeune fille de 18 ans, Pépita, était prévue pour être à son service, pour faire le ménage et la cuisine. Il acheta un petit voilier avec un moteur et loua les services d’un marin, Adrian, qui devint un de ses proches amis. Carter fut invité à venir à Rosas – ce qu’il fit – mais Carter n’aimait ni l’Espagne, ni les vacances : les affaires et le monde de l’impression étaient ses seules passions…


Kill Her If You Can”, le dernier roman de la troisième série de Hank Janson. Edition originale de mars 1952 et réédition de 2005 chez Telos

Depuis que Carter avait repris la publication des Hank Janson, les ventes s’étaient régulièrement accrues, et en 1952, les tirages des nouvelles éditions originales étaient de 100.000 exemplaires. Le 31 mars 1952, Julius Reiter et Reginald Carter fondèrent la Arc Press Ltd. Quelques mois plus tard, le travail était achevé par l’installation d’une presse rotative. En juillet 1952, “Whiplash” (“coup de fouet”) fut le premier titre de Janson à être tiré sur cette nouvelle ligne de production. Début 53, on atteignit le quarante-cinquième titre de Hank Janson, avec un total de vente approchant les cinq millions d’exemplaires, le tout en moins de cinq ans, avec un rythme atteignant 4.000 exemplaires / jour…


La quatrième série de Hank Janson - à partir d’avril 1952. Des titres courts et percutants : “Murder”, avril 1952 ; “Conflict”, juin 1952 ; “Tension”, juillet 1952 ; Whiplash”, août 1952. Ces quatre titres seront réédités après les procès chez Alexander Moring en 1957.

Frances était satisfait : « Ecrire est un travail difficile et très prenant, mais j’aime ça, comme ceux qui ont vraiment la chance de pouvoir aimer leur travail. Je me satisfaisais de travailler dur et d’avoir les avantages d’une vie simple, naturelle, loin de la bousculade, du grouillement et de la grisaille de la vie citadine. Je n’avais pas de rêves de fortune ou de gloire…ce qui faisait l’affaire »

La confiance de Carter dans une croissance sans fin de la publication de romans de poche n’était pas entamée par l’apparition de problèmes chez les autres éditeurs. Au contraire, il était capable de capitaliser sur les problèmes de ses concurrents : les Editions Scion traversaient une période d’instabilité ; un remaniement du management avait laissé les auteurs impayés, et Carter attira leur directeur littéraire Maurice Read pour publier en dehors de la compagnie une nouvelle ligne d’histoires de gangsters.
La maison Comyns Ltd avait publié des ouvrages reliés non romanesques et des livres de poèmes dans les années 40, mais avait pratiquement disparu en 1951. Carter racheta la compagnie et, après avoir publié en mars 1952 une traduction des fameux “Contes drolatiques” d’Honoré de Balzac suivis par “Les mémoires de Casanova”, il publia en août quatre romans de gangsters, sous des signatures reconnaissables : Dave Steel et Max Clinten, deux signatures de Frances qui furent donc réactivées. Les titres signés Dave Steel “Beauty Found A Grave” et “Lovely But Deadly” montrent les signes des romans écrits précédemment par Geoffrey Pardoe et attribués à Frances – mêmes thèmes et style que les romans signés Duke Linton deux ans auparavant. Quant au titre signé Max Clinten “No Dames Wants To Die”, il fut l’œuvre d’un fidèle de l’équipe Scion, Michael Barnes, avant que la signature Max Clinten ne passe sur les épaules de Victor Joseph Hanson, plus connu sous le pseudonyme de Brad Shannon.

Frances était encore à Londres le 31 janvier 1953 quand une terrible tempête s’abattit sur la côte est de l’Angleterre, tuant 307 personnes, inondant 12.000 foyers et laissant 21.000 personnes sans abri. Frances choisit une manière originale de venir en aide aux sinistrés en écrivant “Britain’s Great Flood Disaster”, une revue de 64 pages sur papier glacé accompagné de douzaines de photos, qui fut publié en avril, au prix de 2/6, et dont tous les profits furent reversés pour l’aide aux victimes de l’inondation.
voir le site http://www.canveyisland.org/page_id__295.aspx


Cette même année, Anne Shelton était la chanteuse la plus populaire de la Grande-Bretagne et la star du programme du samedi soir à la BBC. Le chef d’orchestre du BBC Orchestra Philip Cardeu écrivit pour Shelton une chanson intitulée “The Hank Janson Blues”, sortie courant de l’été en 78 tours chez Decca. Les paroles étaient de George Korel, et la chanson était introduite sur le disque par une voix qui était supposée être celle de Hank.
Pour l’anecdote, signalons que cette chanson sera interdite d’antenne à la BBC…
http://www.rocklistmusic.co.uk/banned.html
Les aficionados pourront acheter le titre en ligne ou en écouter un extrait sur le lien suivant : http://www.starzik.com/mp3/titres/Hank_Janson_Blues-4318757.html


La partition musicale de “Hank Janson Blues” éditée par New Fiction Press, avec un magnifique portrait de Anne Shelton dessiné par Heade. (from “The Trials…” op. cit.)


(à suivre…)
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MessageSujet: Re: [Auteur] Hank Janson   Ven 13 Nov - 21:10


Janson était présenté sur les couvertures de ses premiers romans comme “l’auteur des meilleures ventes des histoires de gangsters endurcis” et “le meilleur des auteurs d’histoires de gangsters endurcis” ; et quand Frances “fabriqua” la biographie de Hank Janson rapportée ci-après, beaucoup crurent au départ qu’il était une véritable personne…


La“ biographie” de Hank Janson telle qu’elle figurait en dernière page des premiers numéros de la série

“Hank Janson nous dit qu’il est né en Angleterre pendant la Grande Guerre. Sa prime jeunesse présente peu d’intérêt, sauf peut-être qu’à l’âge de quinze ans, pour gagner un pari avec un de ses camarades de classe, il “emprunta” la moto de son frère – qu’il n’avait jamais conduite – et entra dans une course d’endurance de cross. Il “bousilla” la moto de son frère et dut garder son bras en écharpe pendant plusieurs mois.
“Quand il atteignit dix-neuf ans, il s’embarqua clandestinement sur un chalutier et partit pour l’aventure jusqu’en 1945. Pas une fois il ne revint pendant tout ce temps en Angleterre. Il fut pêcheur de perles dans le Pacifique, passa deux ans dans l’Artique sur des baleiniers et roula sa bosse à travers la plupart des états d’Amérique. Il obtint la nationalité américaine il y a quelques années, travailla à New-York comme chauffeur de camion, comme journaliste, et comme assistant dans une Agence de Détective Privé. Pendant la guerre, il servit en Birmanie.
“Il y a deux ans, il revint en Angleterre, et habite maintenant dans le Surrey avec sa femme et ses enfants, passant son temps à jardiner et à écrire ses aventures sous la forme de fictions.
“Sa vie a été riche, exaltante, aventureuse et souvent, peut-on dire, aussi vraie que dans ses histoires.”


Ainsi courut la biographie “officielle” de Hank Janson qui apparut à la dernière page d’un certain nombre de titres au début des années 50’. Dans la réalité, le seul point commun entre l’auteur et son héros était d’être né en Angleterre pendant la Première Guerre Mondiale. Mais beaucoup de lecteurs croyaient que Janson était une personne réelle, et que ses aventures étaient “du vrai de vrai”. Avec une telle biographie, Frances pouvait fanfaronner : « Il y avait tellement de lecteurs qui croyaient que Janson était de chair et de sang que des fan clubs se formèrent dans toute la Grande Bretagne et lançaient des appels pour recevoir sa visite. »


Frances avait repéré très tôt que Janson était un personnage capable de tenir sur une longue distance, et il s’était délibérément arrangé pour créer une situation qui aiderait à garder le lustre du personnage. Un premier moyen avait été de grouper les romans par séries de douze. Ainsi la première série avait vu Hank voyager à travers l’Amérique, tandis que la seconde série avait établi Hank dans le rôle qu’il allait conserver le plus longtemps, comme reporter pour les affaires criminelles au quotidien Chicago Chronicles.
Les premiers romans de la troisième série furent les premiers à ne pas faire apparaître Hank Janson - sans qu’on sache si ce fait fût délibéré ou simplement une facilité pour Frances de caser les histoires qu’il avait prévu de publier sous d’autres signatures et chez d’autres éditeurs. Il avait en effet arrêté d’écrire dès 1950 sous les signatures de Ace Capelli et de Duke Linton, mais avait fait un nouvel essai début 1951 avec Max Clinten, peu de temps avant de lancer son magazine “Underworld”. Comme ces deux nouveaux essais avaient montré une moins bonne réussite que les titres paraissant sous la signature de Hank Janson, il lui a certainement semblé illusoire de persévérer dans ce sens. Entre temps, la “marque” Hank Janson vendait suffisamment de livres pour maintenir Frances à un niveau de vie qu’il n’avait jamais connu. Il passait par ailleurs de plus en plus de temps en Espagne et préparait la reprise de ses affaires par Carter ; c’est pourquoi une réduction de sa production s’imposait.

Libéré de ses soucis de trouver du papier, ayant trouvé un imprimeur de confiance en la personne de Carter, trouvant le temps entre chaque titre de relancer ses créanciers, Stephen Frances se décida à écrire à un rythme plus relax : un titre toutes les six semaines environ plutôt que tous les quinze jours.
Son talent de romancier s’était rapidement développé tout au long de la première série de douze romans, bien que les résultats eussent été très inégaux. La seconde série, à l’inverse, ne contenait qu’une poignée de romans qui ne fût pas à la hauteur.


Trois quatrièmes de couvertures présentant le découpage en séries de douze histoires de la série des “Hank Janson”


Pour donner une certaine continuité dans la première série, Frances avait parfois reporté d’un livre au suivant la présence d’une même compagnie féminine, mais cela signifiait invariablement que les premiers chapitres du nouveau titre traitaient des affaires de Janson d’avec sa dernière petite amie. Parfois Frances jouait de ses forces, comme dans la dégradation radicale de ses relations avec Patricia Hale (“Gun Moll For Hire”) ou Sally Taylor [/b](“Blonde On The Spot”) ; d’autres fois – comme avec [b]Muriel dans “Smart Girls Don’t Talk” – il était évident que Frances voulait se débarrasser du personnage au plus vite.

Dans la seconde série des aventures de Janson, le décorum des bureaux du Chicago Chronicle permettait de démarrer chaque nouvelle aventure plus facilement, soit en mettant en place une situation dans laquelle Janson allait se lancer, soit en faisant faire une pause au lecteur en racontant une anecdote sur un collègue ou en décrivant la routine quotidienne de la publication d’un journal.
Le Chicago Chronicle n’offrait pas seulement un contexte social aux aventures de Janson, mais aussi un casting d’appoint très utile auquel il pouvait être fait appel à la demande du narrateur. Des personnages récurrents, comme Chief Healey, l’infatigable rédacteur en chef du Chronicle, constamment en train de mâchouiller son cigare ; Sheila Lang, la rédactrice de la page féminine, qui eut une longue relation du type “je t’aime moi non plus…” avec Janson ; et les inspecteurs Sharp et Blunt de la Police locale. Les apparitions de l’un ou de l’autre de ces personnages familiers ajoutaient un élément au feuilleton de la saga de Janson et nourrissaient l’envie des lecteurs de découvrir comment ces personnages interagiraient à leur prochaine apparition.

Le Hank Janson de la première série de romans était un personnage difficile à cerner, parce que lui-même évoluait dans l’esprit de son créateur ; il devint plus consistant avec le temps. Des traits essentiels et des situations d’intrigues classiques se retrouvaient dans beaucoup de ses livres : corruption chez les autorités, personnes faussement accusées, vengeur solitaire en quête d’une justice que la loi ne pouvait ou ne voulait lui donner, et plus généralement une ambiance qui voyait la victoire du Bien contre le Mal. Les agissements de Janson étaient basés sur ce qu’il pensait être moralement louable plutôt que ce qui était strictement légal. Il était capable de détruire des preuves s’il pensait qu’elles compliqueraient un cas qu’il avait honorablement résolu (c’est ainsi qu’il fit disparaître le corps de Tony Rogers dans “Lady, Mind That Corpse”) ; de manigancer un face à face entre un groupe d’individu et un fou de la gâchette parce que cela donnerait un dénouement plus radical que celui autorisé par la loi (“Gun Moll For Hire”) ; ou encore d’imaginer une fusillade entre les principaux rivaux, croyant la police corrompue dans l’affaire (“Honey, Take My Gun”). Malgré sa doctrine “œil-pour-œil” de justicier, on remarquera qu’il ne met jamais à exécution lui-même les châtiments, mais qu’il s’arrange pour qu’un groupe de personnes ou qu’un individu devienne la cause de sa propre destruction. La sentence a sonné,… mais Janson s’est absout de toute responsabilité…

Dans le nouveau décor du Chicago Chronicle, Janson développa un comportement plus en harmonie avec la justice légale et avec ceux qui étaient chargés de la mettre en œuvre, allant même jusqu’à autoriser ceux dont c’était la charge de la dispenser. Plutôt que de dépeindre des systèmes de par nature totalement corrompus, la corruption se déplaça pour se centrer sur les individus. Ainsi, on trouve Janson travaillant en osmose avec l’inspecteur de police principal Blunt, dans “The Bride Wore Weeds”, “Skirts Bring Me Sorrow” et “The Filly Wore A Rod”, qui aurait pu condamner les actes de Janson, mais qui les supportait en son for intérieur. A l’opposé, l’inspecteur de police principal Sharp, continuait de penser pendant ce temps que la brutalité et l’ardeur déployée pour arriver au résultat par tous les moyens signifiait nécessairement que l’illégalité était encore de mise dans les forces de Police ; mais la corruption du système, étant dorénavant circonscrite à quelques individus, n’obligeait plus Janson à se mettre en dehors de la loi pour rendre “sa” justice.
Janson laisse encore parfois son propre sens de la justice l’emporter sur la légalité, permettant par exemple la fuite de Muriel Hanton, cambrioleuse de banque, dans “No Regrets For Clara” ou bien celle de la meurtrière Marion Langham dans “Women Hate Till Death”. Plus fréquemment encore les hors-la-loi acceptent de se rendre eux-mêmes, comme les Blooms dans “Don’t Mourn Me Toots” ou Thomas Carter dans “The Lady Has A Scar”, ou permettent à Janson de concevoir un stratagème pour réduire la sentence alors qu’ils sont déferrés devant la justice – comme Virginia Laighton dans “The Jane With Green Eyes”.


Toujours la quatrième série de Hank Janson : “Accused”, octobre 1952 ; “Killer”, novembre 1952 ; “Suspense”, décembre 1952 et “Pursuit”, janvier 1953. “Accused”, “Killer” et “Pursuit” feront partie des 7 romans impliqués dans le procès de 1954. “Accused” et “Killer” seront réédités par Telos en 2004 avec les mêmes couvertures ; “Pursuit” sera réédité chez Alexander Moring en 1958 sous le titre “Flight From Fear”.


(à suivre…)
TontonPierre

Informations tirées des livres de Steve Holland “The Trials of Hank Janson” – édition anglaise de 2004 parue chez Telos, et “The Mushroom Jungle”ZEON Books 1ère édition de 1993. Les propos recueillis et rapportés par Steve Holland dans ses ouvrages, et reproduits entre guillemets tout au long du texte mis en ligne ont été traduits de l’anglais par TontonPierre.
Sauf indication contraire, les reproductions de couvertures incorporées à l’étude sont issues du Web.

Avec l’aimable autorisation de Steve Holland pour l’utilisation et l’adaptation des passages de ses ouvrages “The Trials of Hank Janson” et “The Mushroom Jungle”
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