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 [Thème] Le roman d'espionnage

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Férôcias
Rocambole
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MessageSujet: [Thème] Le roman d'espionnage   Lun 12 Juin - 19:38

Arrow NOTES DE LECTURE

Published in University of Toronto Quarterly - Volume 65, Number 1 Winter 1995/96- Letters in Canada

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Les anges de Machiavel. Essai sur le roman d'espionnage
Paul Bleton,Québec, Nuit blanche éditeur, coll. Études paralittéraires, 359 p.

Écrits sur le roman d'espionnage
Norbert Spehner,Québec, Nuit blanche éditeur, coll. Études paralittéraires, 385 p.

Reviewed in University of Toronto Quarterly by GUY BOUCHARD

"Cet essai de Paul Bleton sur le roman d'espionnage porte plus précisément sur sa mouture française, telle qu'elle s'est manifestée dans diverses séries. Son triple objectif est de définir, décrire, critiquer un genre dont on entend dérouler quelques fils: celui des contraintes formelles; celui des relations entre son univers de référence, d'une part, le monde de l'espionnage réel, l'Histoire immédiate et son idéologie "naturelle", d'autre part; celui de sa position dans l'institution littéraire; celui, enfin, de la contribution du lectorat à l'acte de lecture individuel.

Le premier chapitre est consacré à la définition du genre. Le couplet initial sur la marginalisation de celui-ci par rapport à l'institution littéraire est bien connu de tous ceux qui se sont penchés sur l'un ou l'autre des genres décoiffés par l'étiquette "paralittérature": n'y insistons pas. Après un inventaire des diverses collections, l'auteur souligne qu'au-delà de la définition spontanée, propre au directeur de collection, au lecteur et à l'auteur, de ce que "doit être" un roman d'espionnage, on peut repérer des récurrences objectivables en suivant la voie des œuvres codantes, ou celle de la description structurale. Dans le premier cas, on attire l'attention sur des traits comme l'absolution préalable accordée aux espions du bon camp, la violence des exécutants, le cynisme de leur mandataire, l'univers "cigarettes-whisky-et-p'tites pépées" et son style dur à cuire. Mais la stabilisation du genre a aussi beaucoup dû aux auteurs à succès, d'où l'idée que l'espionnage est une littérature sérielle dont les formes narratives sont peu nombreuses et peu déterminantes, mais qui possède néanmoins une certaine structure, et surtout un univers de référence commun, soumis à l'adage, "Qui veut la fin veut les moyens":

Le roman d'espionnage, cet ensemble de conventions formant les lois du genre, détaille et narrativise chaque élément de l'adage. Fin non pas directement politique - défense de l'Occident - mais plus généralement réinterprétée comme domination et assujettissement avec, en corollaire, la construction d'un nous à la fois interne au récit et commandant éventuellement la captation du lecteur par l'univers du spionspiel. Et moyens incarnés en secret, tromperie et violence.

Les deux chapitres suivants étudient les implications pragmatiques du fait que le roman d'espionnage s'est donné un univers de référence secret et trompeur. La première implication donne lieu à une typologie des divers contrats de lecture liés à l'espionnage: espionnage comme série, espionnage comme exemplum, espionnage historiographique, espionnage tournant au roman à thèse, espionnage-fiction, espionnage comme quasi-fiction. Quant à la seconde implication, elle a trait à la construction de la vraisemblance dans un genre qui prétend de façon explicite et répétée au réalisme, mais qui porte par définition sur quelque chose d'occulte: agents, secrets, services secrets, guerre secrète, etc.

Les quatre derniers chapitres de l'ouvrage sont consacrés au noyau dur du genre: le roman d'espionnage comme "sémiotisation de la domination". Celle-ci s'exprime d'abord dans le refus de la sentimentalité, et partant dans une certaine misogynie typique de la bande d'adolescents. L'enquête se poursuit par l'examen du regroupement des espions dans une "communauté de spécialistes du négatif" d'où émerge, comme "point asymptotique", le héros exceptionnel au portrait souvent standard, caractérisé par son "infinie disponibilité sexuelle" et son peu de respect pour les femmes. Le roman d'espionnage est aussi un genre où la violence ainsi que la mort s'étalent: occasion de le comparer à d'autres genres "horripilants", depuis le roman gothique jusqu'à l'hémoglobine débridée du gore. Le dernier chapitre, enfin, aborde "l'espace fourbe" du roman d'espionnage: son rapport à l'exotisme et sa sémantique de l'effraction.

À l'exception de la préface et du cinquième chapitre, tous les volets de cet "essai" ont été publiés ailleurs. Sans doute les articles initiaux ont-ils été remaniés, parfois en profondeur, mais ces remaniements n'ont pas permis une véritable intégration. À preuve: chaque "chapitre", et même la préface, conservent leur bibliographie, ce qui entraîne la répétition de plusieurs titres: par exemple, l'encyclopédie qu'Alfu a consacré à l'œuvre de Gérard de Villiers figure dans quatre bibliographies différentes. À preuve aussi, la dispersion de certaines informations pertinentes. Ainsi, à propos de Mata-Hari, on nous dit qu'en tant que personnage historique, elle relève d'une "lecture dicent"; en tant que personnage romanesque, d'une "lecture rhématique"; et en tant qu'objet d'un processus de démystification, d'une "lecture argumentale". Les termes "rhème", "dicent" et "argument" renvoient à l'une des multiples classifications des signes proposées par Charles Sanders Peirce; mais comme le nom du philosophe américain n'apparaît nulle part dans le contexte de cette note, celle-ci est rigoureusement incompréhensible à quiconque ne connaît pas déjà la sémiotique peircienne, tout comme l'était antérieurement l'expression "rhème secondaire". C'est seulement dans un autre chapitre qu'on apprendra que le rhème est, pour Peirce, "un signe qui pour son interprétant est un signe de possibilité qualitative" qui peut fournir de l'information, mais n'est pas interprété comme tel; qu'une lecture rhématique renvoie l'existence d'un événement historique quelconque à une quasi-inanité; et qu'une lecture dicent est une lecture plus savante, le signe "dicent" étant, toujours selon Peirce, "un signe qui, pour son interprétant, est un signe d'existence réelle". Mais si l'on connaît quelque peu Peirce, ces définitions sont loin d'être aussi éclairantes qu'elles ne le semblent, car la définition habituelle de cette terminologie est quelque peu différent:

Par rapport à sa relation à son interprétant signifié, un signe est soit un Rhème, soit un Dicent, ou un Argument. Cela correspond à la vieille division, Terme, Proposition et Argument, modifié de façon à être applicable aux signes en général. (Collected Papers VIII, p. 337, ma traduction; autres références à cette division: II, p. 95, II, 250-3, II, p. 309, V p. 76)

Il s'agit donc d'une division des signes en fonction de leur taille, et le rapport entre la Mata-Hari historique et un signe de l'ordre du terme reste pour moi tout aussi obscur que celui entre un personnage de roman et une proposition, ou entre l'objet d'une démystification et un argument.

Pour en terminer avec ces commentaires de "spécialiste du négatif", soulignons encore que certains auteurs mentionnés dans le texte avec une date renvoyant à la bibliographie du chapitre ne se retrouvent pourtant pas dans celle-ci: c'est le cas de Hoveyda 1976 et Thibaudeau 1978, puis celui de Bouchard 1974, Fosca 1964, Boileau et Narcejac 1964, Hoveyda 1965, Raabe et Lacassin 1969, Tourteau 1970 et Symons 1972. Quant à l'affirmation qu'il "aura fallu attendre les années quarante-cinq pour que le genre devienne l'objet d'une thèse", l'auteur de ces lignes, ayant commis en 1971 une thèse sur "Les structures du roman d'espionnage" (sous la direction de Roland Barthes), la trouve quelque peu péremptoire, comme il est quelque peu agacé par la réduction de "l'espionnage français" à l'espionnage des auteurs français de France, à l'exclusion de ceux du Québec, alors qu'on se plaint de la négligence dont a été victime l'espionnage "français" par rapport à l'espionnage "anglo-saxon".

Ces détails n'enlèvent toutefois rien au mérite général de l'ouvrage. Il faut savoir gré à l'auteur d'avoir pris au sérieux un genre trop souvent méprisé en toute méconnaissance de cause; de l'avoir analysé systématiquement sans le dénigrer, mais sans taire pour autant ses faiblesses; et d'avoir apporté à cette analyse sérieuse une érudition magistrale et un outillage conceptuel approprié, l'un et l'autre véhiculés par un style parfois percutant.

Le sous-titre de l'ouvrage de Norbert Spehner, "bibliographie analytique et critique des études et essais sur le roman et le film d'espionnage", écarte d'emblée une idée lacanienne qui pourrait effleurer l'esprit d'un lecteur peu familier avec ce genre d'ouvrages: s'agirait-il d'écrits de Spehner sur le roman d'espionnage? Mais ceux qui ont déjà fréquenté, du même auteur, les Écrits sur le fantastique, les Écrits sur la science-fiction ou les Écrits sur le roman policier (en collaboration avec Yvon Allard) savent déjà qu'ils auront droit à un travail analogue aux précédents, "nouveau jalon du projet global de Norbert Spehner", comme le précise la quatrième de couverture, "sorte de cartographie critique des genres paralittéraires". Sans définir le récit d'espionnage, tâche dont on sait que Spehner est peu friand, la courte introduction précise qu'on y rattache:

le roman dit d'intrigue internationale, le récit de politique-fiction, les techno-thrillers avec leurs dérivés, certains hybrides (policier-espionnage ou science-fiction-espionnage), plus quelques inclassables, comme le récit d'aventures ayant comme cadre le monde de la finance, "genres" satellites au statut incertain que nous ne débattrons pas ici.

La première partie (que le table des matières dédouble en deux chapitres ou sections, la seconde partie devenant ainsi un troisième chapitre) présente les "études générales" consacrées au genre et plus précisément: a) les ouvrages de référence et études générales (pourquoi cette dernière expression désigne-t-elle à la fois le tout de la première partie et une de ses subdivisions?), c'est-à-dire les bibliographies, index, encyclopédies, volumes ou thèses inédites portant sur la théorie, l'histoire du genre et les diverses études thématiques; b) les articles sur le récit d'espionnage; c) le cinéma d'espionnage (entendez: les ouvrages, livres ou thèses consacrés au susdit en général, ou à des films ou à des réalisateurs en particulier); d) les articles sur le même sujet. Quant à la seconde partie, elle rassemble la documentation relative à plus de 480 auteurs, des moins étudiés, qui ont fait l'objet d'une unique présentation, aux super-vedettes comme Joseph Conrad (138 entrées, sans prétention à l'exhaustivité), Ian Fleming (92 entrées), Graham Greene (89 entrées), John Le Carré (130 entrées) et Sax Rohmer (60 entrées). Le tout est complété par un double index, celui des auteurs et cinéastes étudiés, et celui de leurs commentateurs, ainsi que par un bref addendum.

Sans doute pourrait-on soulever quelques problèmes: si, dans la première section de la première partie, la bibliographie est analytique et critique, comment faut-il considérer les documents, et ils sont assez nombreux, qui ne font l'objet d'aucun commentaire, ou dont on se contente de présenter la table des matières? pourquoi, de telle thèse de doctorat consacrée aux "Structures du roman d'espionnage", ne précise-t-on pas que le corpus de base sur lequel elle s'appuie et l'œuvre de Jean Bruce, et pourquoi n'est-elle pas mentionnée dans la liste des documents consacrés à cet auteur? Résoudre ces problèmes et d'autres analogues améliorerait l'ouvrage sur des points de détails, mais il n'en demeure pas moins que c'est l'ensemble de la démarche qui doit être considéré, et qui constitue un outil commode, voire indispensable, pour quiconque s'intéresse non seulement au roman d'espionnage, mais à la "paralittérature" en général. Spehner a l'immense mérite de ne pas s'en laisser imposer par les tabous et les interdits de l'institution littéraire, et de permettre à tous ceux dont la curiosité ou l'intérêt n'a pas la forme du préjugé de pouvoir s'informer avant de juger."

(Sources: http://www.utpjournals.com/product/utq/651/machiavel12.html )
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Férôcias
Rocambole
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MessageSujet: Re: [Thème] Le roman d'espionnage   Lun 12 Juin - 21:44

Un livre fort intéressant:

Erik Neveu, L'Idéologie dans le roman d'espionnage , Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Paris, 1985
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Jean François Le Deist
Zigomar
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MessageSujet: Re: [Thème] Le roman d'espionnage   Ven 1 Déc - 22:21

Comme j'étais dans mon rayon James Bond, quelques références :



Henry A. Zeiger : "Ian Fleming : The spy who came in with the gold"
( Popular Library, n° 60-2131, 1966 )



LeRoy L. Panek : "The Special Branch : The british spy novel, 1890-1980"
( Bowling Green University Press, 1981 )



Donald Mc Cormick : "Who's Who in spy fiction"
( Elm Tree Books, 1977 )
Dictionnaire biographique des auteurs d'espionnage. Un must. Si vous en trouvez un sur les sites de libraires d'occasion, n'hésitez pas.
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Belzébuth
She
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MessageSujet: Re: [Thème] Le roman d'espionnage   Ven 1 Déc - 23:14

Tenez, moi j'ai trouvé ça récemment Wink



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1ère édition fév. 1983.
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